L’incontournable jazz – 381 albums écoutés

C’est étrange, comment on peut ignorer une chose toute ça vie. Mais dès le moment où on aperçoit son existence, où on apprend quelle existence, alors, il devient impossible de l’ignorer, et elle semble ainsi apparaître partout où l’on va, partout où l’on regarde. Vous aurez deviné qu’il m’arrive la même chose avec le jazz.

Mais tout d’abord, un simple album que j’ai écouté, simplement par plaisir. Jacques Loussier, car il s’agit d’un de ses albums, m’a fasciné dès que je l’ai découvert. Il m’était donc impossible de laisser dans ma bibliothèque un de ses albums sans l’avoir écouté. Et, dans la collection que je m’étais formée pour ce défi, il demeurait encore un album qui n’était pas passé par mes oreilles. Il s’agit de Mozart Piano Concertos 20-23 with String Orchestra.

Jacques Loussier - Mozart Piano Concerto 20-23

Bon, ce n’est peut-être pas son meilleur. Mais j’ai quand même appris que ce ne sont pas tous les compositeurs de musique classique qui se prêtent bien à l’exercice de Loussier. Mozart, toutefois, s’en sort plutôt bien. On conserve la fraîcheur, la légèreté de sa musique, et on ne fait qu’y ajouter un peu de rythme, un peu de swing comme dirait Ellington. Le piano, bien sûr, y est mis en évidence, et j’ai aussi appris que cet instrument est d’une pureté et d’une blancheur sans pareil. Il s’agit donc du parfait instrument pour joindre ces deux styles, le classique et le jazz, que si peu d’artistes ont tenté de joindre, et qu’encore moins on réussit en essayant. Le piano a cette polyvalence et cette transparence qui le rendent ainsi prêt à tout faire, à tout vivre, à tout exprimer. Et c’est particulièrement vrai sur Concerto No. 20 In D Minor K.466 – Romance, le second morceau. Je ne vous en dit pas plus, sinon qu’il s’agit d’un album léger et doux, qui se placerait à merveille comme fond dans une soirée calme ou distinguée. Cela faisait longtemps que je n’avais pas écouté un tel album !

Ensuite, c’est lorsque j’ai écouté le film Naked Lunch de David Cronenberg que j’ai rencontré de nouveau le jazz. Pour vous mettre en contexte, le film raconte l’histoire d’un écrivain qui, sous l’effet narcotique de l’insecticide, se retrouve dans un monde étrange où il doit écrire sur une machine à écrire/coquerelle (une blatte pour mes lecteurs français) le rapport du meurtre de sa femme dont il est responsable. Sont mêlés à cela des éléments de paranoïa, de schizophrénie, d’hallucinations, de drogue, etc. Mais le plus intéressant, ici, c’est que la trame sonore est réalisée par Howard Shore et… nul autre que Ornette Coleman.

Ornette Coleman - Naked Lunch

Nul besoin de dire que le nom de l’artiste, apparaissant dans le générique d’ouverture, a attiré mon attention. Et je dois dire qu’il aurait été impossible de faire un meilleur choix pour composer la trame sonore de ce film. La musique dissonante et acérée de Coleman rappelait et accentuait à merveille l’ambiance tourmentée du film. Le saxophone sonore et remarqué évoquait également un ton de roman de détective des années 50, avec le jazz en fond, l’atmosphère lourde et l’intrigue saisissante. La contribution de Howard Shore est également digne de mention, car elle vient équilibrer la musique déjantée et exigeante de Coleman. Shore vient donner un souffle plus calme et réservé à certaines scènes, alors que Coleman prend le relais pour les scènes plus intenses.

Il faut aussi ajouter que le film, tout comme la musique de Coleman, est plutôt difficile et exigeant à regarder. Mais avec mon expérience dans le free jazz dans la poche, et le fait que je comprenais déjà la logique derrière la musique de Coleman, m’ont beaucoup aidé à comprendre le film et son style. Car Naked Lunch, sous un certain angle, me semblait construit comme un album de free jazz, tout comme la psychologie du personnage principal d’ailleurs. Intensité, liberté, complexité, débordements : plusieurs éléments se croisaient, pour mettre au défi mon cerveau, mais surtout pour le plus grand bonheur de mes yeux et de mes oreilles.

Enfin, je n’ai pu évité le jazz, cette fois en écoutant la télévision. Vous connaissez l’émission House MD ? Si oui, vous vous souvenez sûrement de Hugh Laurie, qui incarnait le cynique et ironique docteur House ? Eh bien, sachez qu’il s’agit également d’un musicien, et d’un excellent si je puis ajouter. Comment le sais-je ? D’abord parce qu’il offre quelques prestations dans l’émission qui lui valut son succès, mais surtout parce que j’ai écouté son album : Let Them Talk. Et vous aurez deviné qu’il s’agit d’un album de jazz.

Hugh Laurie - Let Them Talk

C’est un de mes amis, fan de la série, qui m’a fait découvrir ce petit bijou. Avec son style mêlé de blues et de jazz, cet album m’a rappelé que j’aimais encore le jazz et la bonne musique. Bon, la plupart des morceaux se situent davantage du côté du blues, mais des pièces comme St. James Infirmary valent tous les efforts. Avec son complexité et ses multiples mouvements, ce morceau peut être écouté en boucle sans répit. Certains passages m’ont même rappelé l’ambiance si caractéristique et si électrisante d’Erik Truffaz.

Sinon, Battle of Jerico est également un morceau qui vaut le détour, avec son rythme lent et posé, et ses violons qui rappellent la (belle) folk américaine. Swanee River, quant à lui, m’a rappelé Melody Gardot, quelques instants du moins. L’émotion viscérale et la simplicité du début, puis le rythme plus endiablé, avec le piano joué comme s’il n’y avait pas de lendemain. Enfin, il y a le piano langoureux de Tipitana

Bref, j’ai l’impression que de bien connaître le jazz me permet de mieux apprécier le monde et ce qu’il a à offrir… de jazzy. Et là, je ne vous parle pas de ces multiples fois où, en admirant une peinture ou une sculpture, en regardant un film, en lisant un livre, ou même en goûtant un repas ou une bonne bière, j’ai repensé au jazz, à ses structures, et que cela m’a aidé à mieux comprendre, à mieux apprécier ce qui m’était offert. Ainsi, je ne peux que vous souhaiter le même bonheur !

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Conseils d’amis – 378 albums écoutés

Naturellement, quelques amis n’ont pas non plus manqué l’occasion de me faire découvrir à leur tour leurs trouvailles dans le domaine du jazz ! Je leur dois d’ailleurs, suite à mon défi, deux albums fort remarquables. Le premier est « African Swim and Manny & Lo » de John Lurie.

Celui-ci, c’est un de mes amis plutôt éclaté, mais débordant d’énergie, de culture et de découvertes, qui me l’a fait découvrir. J’ai eu une hésitation lorsqu’il m’a dit qu’il s’agissait de free jazz et que c’était un peu « spécial ». Mais bon, je sais que mon ami n’écoute pas n’importe quoi, et que… bon, j’en ai vu d’autres ! Alors, je l’ai écouté. Et j’ai bien fait, car il s’agit d’une excellente découverte, qui se classerait davantage dans la catégorie avant-garde, laissant ainsi un peu de répit à mes oreilles encore écorchées par d’autres découvertes pas toujours appréciées. Mais cet album, je l’ai bien apprécié. Beaucoup, même. Son plus grand défaut est que les morceaux ne durent pas assez longtemps, et alors qu’on a à peine effleuré une mélodie ou qu’on a tout juste trempé son pied dans l’ambiance, le morceau s’arrête et fait place à un autre. Mais ces ambiances sont remarquables. Elles sont un peu sombres et glauques, mais sans être horribles ou terrifiantes. Elles me rappellent seulement un film de détective en noir et blanc, ou alors une petite scène joueuse, sans être ridicule. Comme l’album est composé de plusieurs petits morceaux, il serait difficile de vous en recommander un en particulier. Peut-être « Main Titles », qui ouvre l’album ? ou alors « Manny & Lo (Main Title) » ? À vous de découvrir.

Ensuite, un autre de mes amis, un fan de jazz qui m’avait prêté quelques albums durant le défi, m’a chaudement conseillé « The Divine Sarah Vaughan – The Columbia Years 1949-1953 « , un album double.

Je ne me souviens plus si cette artiste m’avait plu ou non, parmi celles de cette époque que j’avais écoutées, mais je me souviens qu’elle ne m’a pas particulièrement marqué. Ainsi, j’ai aussi eu une hésitation à ce conseil pourtant bien senti. Surtout que mon ami et moi n’affectionnons pas exactement les mêmes styles de jazz, lui étant plus incliné vers le bop et le blues. Cela dit, devant son insistance, je me suis laissé tenter. Et, encore une fois, je ne l’ai pas regretté ! Avec cet album, Vaughan a vraiment su exprimer avec brio et éloquence ses émotions et ses tourments. Cette fois, elle m’a touché. Et cette fois, elle m’a marqué. Je n’ai pu demeurer indifférent à sa version de « Summertime » ( http://www.youtube.com/watch?v=D8bLs7IcBQU ), ou encore à celle de « Black Coffee ». Bref, je remercie de tout coeur cet ami, car il m’a montré que, parfois, en persévérant et en cherchant un peu, un artiste qu’on croyait ordinaire ou peu remarquable peut se révéler extraordinaire. En cherchant un peu…

Enfin, ma toute dernière découverte dans le domaine du jazz a été faite par le biais du journal. C’est grâce à ma lecture du Devoir du samedi qu’un journaliste culturel me vanta les mérites d’un groupe bien particulier. Pour le découvrir, j’ai donc écouté « Bass, Bass, Bass, Bass, Bass & Bass » de l’Orchestre de Contrebasses.

Le concept est simple, et vous l’aurez sûrement deviné en observant la pochette et en vous arrêtant au titre de l’album : faire de la musique avec, pour seuls instruments, 6 contrebasses et 6 contrebassistes. Quel son cet ensemble étrange donne-t-il ? Un son étonnement harmonieux et varié ! Car on ne se limite pas à l’archet, ici, mais on se permet également de pincer les cordes ou de le frapper doucement, en guise de percussion. On varie également les rythmes et les ambiances. Ainsi, « Tourtatou » est plus classique, alors que « Bass, Bass, Bass, Bass, Bass & Bass » est beaucoup plus jazz, voire même funky, avec son rythme martelé. Il s’agit d’ailleurs d’un véritable chef-d’oeuvre. « Tango », encore, offre un tout autre style, mais tout aussi réussi. Vous aurez compris lequel… Bref, j’ai bien hâte de découvrir les autres prouesses de ce groupe singulier.

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Curiosité et approfondissements – 378 albums écoutés

Ne vous en faites pas : je n’ai pas écouté que des albums de jazz de Noël depuis la fin de ce défi. Quelques artistes m’intriguaient encore, et j’ai donc décidé de les approfondir. Ainsi, le premier album que j’ai écouté après l’ultime 365e fut « Jazz Impressions of Black Orpheus » de Vince Guaraldi.

Après d’aussi belles découvertes de cet artiste remarquable, je me suis penché sur l’un de ses plus connus, mais qui n’est pas relié à Charlie Brown. Son talent y est tout aussi, sinon plus, impressionnant et envoûtant. Le morceau « Générique » y est sûrement mon préféré, avec ses rythmes lancinants et en changement. Il s’agit d’un véritable charme : http://www.youtube.com/watch?v=WkUnkmN-zi4 . Ensuite suit « Cast Your Fate to the Wind » qui est tout aussi digne d’honneurs. On y sent la touche désinvolte et naïve de Guaraldi, avec ses notes de piano à peine effleurées par moments, tellement elles sont jouées délicatement. Bref, je vous le recommande chaudement si vous aimez l’artiste, ou si vous souhaitez le découvrir.

Et suite aux albums de Noël, j’ai poursuivi la découverte de l’artiste avec « Vince Guaraldi and the Lost Cues from the Charlie Brown TV Specials ».

Une petite ambiance de jazz calme et paisible, des instruments simples et bien menés, et des airs un brin joyeux qui m’ont accompagné dans ma voiture à quelques reprises. Ce n’est rien de bien compliqué, ni rien d’impressionnant : c’est seulement du bon jazz, qu’on écoute sans se poser de questions. Et le piano de Guaraldi, comme toujours, y tient une place de choix.

Aussi, après quelques mois sans jazz, une ambiance a fini par me manquer : celle de Shakti. J’ai donc mis dans ma voiture « Natural Elements ».

Il s’agit du troisième et dernier album du groupe, avant leur retour sous Remember Shakti. Et, justement, on y sent leur maturité, la complicité maîtrisée qui s’est développée entre les différents membres du groupe. Ce qui aurait pu sembler davantage chaotique, ou même parfois brouillon, dans leur premier album est ici complètement disparu. Leur talent y est parfaitement exposé, et leur style, pleinement établi. « Mind Ecology » nous plonge tout de suite dans l’ambiance, avec son rythme effréné et son atmosphère aux fortes influences indiennes. « Face to Face » nous ramène sur terre avec une flot plus lent et paisible, mais pas moins accrocheur pour autant ! Ainsi, l’album fut une belle découverte, et c’est le genre d’album qui me pousse à continuer à écouter du jazz, malgré mes autres projets…

Enfin, il me reste encore quelques bons albums d’Herbie Hancock à écouter. L’un d’eux était « Dis is Da Drum ».

Je vous dirais que l’album m’a moins marqué que le fait d’écouter un nouvel album de mon artiste préféré ne m’a réjoui. J’ai aimé me retrouver de nouveau dans son univers créatif et d’entendre encore une fois son langage musical. J’ai aimé me plonger une autre fois dans l’univers électronique et déjanté de « Future Shock », avec des percussions bien présentes et, cette fois, quelques influences africaines, voire tribales. Bref, il fait toujours bon de réécouter les artistes qu’on admire sous un angle différent. Peu importe l’artiste, et peu importe le style ou l’art, je vous conseille de faire de même. C’est la meilleure manière de mêler aventure et réconfort, découvertes et nostalgie.

Ah oui, j’oubliais ! J’ai aussi écouté « Dick at Nite » de Richard Cheese. Mais disons que l’album vaut à peine d’être mentionné. Mis à part, peut-être, « Spider-Man Theme », une fois que l’on a écouté un album de cet artiste, on a plutôt fait le tour…

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Un Noël bien en retard ! – 378 albums écoutés

Tel que promis, voici la critique de quelques albums de jazz que j’ai écoutés après la fin de ce défi. Les premiers étaient, naturellement, des albums de Noël que je n’ai pas pu mettre de l’avant avant d’avoir cumulé les fatidiques 365 albums. Bien que cela ne soit plus de saison, avec la chaleur qu’il commence à y avoir par ici, je crois qu’un peu de fraîcheur ne pourra faire de tord.

Ils étaient au nombre de 5, mais 2 en particulier ont attiré mon attention, par leur magie et leur beauté. Le premier était, inévitablement, « The Christmas Album » de Frank Sinatra.

Que rêver de mieux, pour célébrer votre Noël blanc et douillet, que la douce voix de Sinatra et les airs magiques de notre enfance ! Une émotion intense et nostalgique qui vous berce, et un chanteur simple et touchant. Ici, pas besoin des arrangements orchestraux tonitruants ou pompeux : on a plutôt un album doux et calme, tout en douceur. Même l’humour légendaire de Sinatra fait place à un petit sourire de béatitude et de félicité. Même en mai, on ne peut s’empêcher de sourire, en écoutant « Have Yourself a Merry Little Christmas » : http://www.youtube.com/watch?v=LpPdl0StUVs . Même chose pour « White Christmas », l’autre joyaux étincellent de l’album…

Le second était « What a Wonderful Christmas » de Louis Armstrong.

J’ose espérer que vous ne serez pas étonnés que ce fut mon autre favori du temps des fêtes. En l’écoutant, j’imagine trop facilement le légendaire trompettiste, avec des petits enfants sur les genoux, nous chanter quelques airs noëliques au bord d’un feu de foyer, près de l’arbre de Noël. Dommage que la performance ne dure qu’une quinzaine de minutes ! Mais avec le peu de temps qu’il lui est alloué, il nous séduit avec le juste assez énergique, mais pas trop, « Christmas in New Orleans ». Vous imaginez un peu l’air et l’ambiance que ce morceau peu donner à votre soirée en famille… Mais, encore une fois, c’est le « White Christmas » de l’album qui m’a le plus touché, par sa profondeur, son émotion, sa magie : http://www.youtube.com/watch?v=0Jx0yDTrot4 .

Avec ces deux albums, et l’incontournable « A Charlie Brown Christmas » de Vince Guaraldi, votre prochain Noël, qui arrivera certainement trop vite, sera complet et rempli d’harmonies jazzys. Cependant, curiosité oblige, j’ai quand même écouté quelques albums de plus.

Le premier était « An Acappella Christmas » de The Manhattan Christmas. Celui-ci aussi fut bien intéressant. Reprendre quelques classiques avec, pour seuls instruments, les mythiques voix du groupe ? Le défi est relevé ! Si vous avez le temps, prenez-le pour prêter une oreille à « Christmas Time is Here », ainsi qu’une bien entraînant « Jingle Bells ».

J’ai aussi écouté « Christmas Comes Alive! » de The Brian Setzer Orchestra. Là, c’est un Noël enflammé et sulfureux que vous aurez. Et à ce titre, l’album remplit bien son contrat. Malheureusement, ce n’est pas avec cette ambiance que j’apprécie mon Noël (Mon coeur d’enfant me le défend !). Je n’en ai donc retenu que « The Nutcracker Suite ».

Enfin, je me suis laissé tenter par « Joy to the World » de Pink Martini. L’album a déjà plus d’âme et de caractère que l’autre album d’eux que j’avais écouté au courant de ce défi. J’ai quand même été un peu déçu, comme l’ambiance se classait peut-être trop du côté easy du style easy listening, dans le sens où elle est peut-être un peu trop douce. Cela dit, il s’agit d’un excellent album comme musique de fond, et le magnifique « Shchedryk (Ukrainian Bell Carol) » m’a littéralement donné des frissons.

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Longue absence, nouveaux défis – 0 jour, 0 album

Après 3 mois d’absence, j’ai décidé de revenir de mes vacances. Disons que le temps des fêtes, un déménagement, les rénovations qui viennent avec, et quelques déboires personnels ont pris plus de temps que prévu. Cela dit, cela m’a fait le plus grand bien de prendre une pause, après ce défi : d’enfin prendre le temps de relaxer, d’écouter autre chose que du jazz ou d’écouter de nouveaux albums sans pression.

Mais bon, je vous avais promis d’entretenir ce blogue, même après la fin de ce défi, et on ne peut toujours être en vacances ! À vrai dire, on finit par s’en lasser. Je m’ennuie des recherches. Je m’ennuie des articles et des critiques. Et surtout, je m’ennuie du petit frisson que provoque l’écoute d’un tout nouvel album : ce mystère, cet inconfort si stimulant, cette découverte exaltante…

Donc, me voici. J’ai mis sur pied deux nouveaux blogues : un pour un nouveau défi sur la musique, et un autre pour satisfaire ma passion pour le cinéma. Et à côté de tout ça, je vais tenter, tant bien que mal, de trouver le temps de tenir ma promesse envers vous, loyaux lecteurs.

Sur le premier blogue, Musicographe, je me suis donné le défi d’écouter 1001 albums en 1001 jours. Cette fois, les albums ne se limiteront pas au champ du jazz, mais s’étendront à toute la musique et à tous ses styles; du blues au rock, du rap au death metal, de l’électro à la musique du monde. Naturellement, je croiserai aussi quelques albums de jazz que j’ai écoutés durant ce défi. J’ai bien hâte de voir s’ils me feront le même effet… Et si vous désirez être de la partie, vous pourrez me suivre au http://musicographe.wordpress.com/ ! Je devrais débuter le défi sous peu.

Sur le second blogue, Encre sur pellicule, je m’abandonne à ma passion inassouvie pour le cinéma. Cette fois, ce sera 1001 films que je devrai regarder, mais sans me donner de limite dans le temps. Parce qu’il faut bien s’avouer que 1 film par jour sur presque trois ans, c’eut été beaucoup ! Mais deux films par semaine prendraient quand même 10 ans à s’écouler… Donc, ma seule promesse sera celle d’un film par semaine, peut-être plus, et d’une critique sur celui-ci pour vous. Pour le reste, et si vous êtes vous aussi cinéphile, vous pourrez me suivre au http://encresurpellicule.wordpress.com/ ! J’écouterai mon premier film aujourd’hui même.

Enfin, concernant ce blogue-ci, je vous offre quelques cadeaux quelque peu en retard. Le premier est une page Facebook fort inspirante et fort intéressante : Jazz Clubs Worldwide (que vous retrouverez ici : http://www.facebook.com/TheGlobalJazzScene ), et qui est géniale pour les amateurs de standards du jazz. Le principe est simple : presque quotidiennement, la page prend un standard, et offre une demi-douzaine d’interprétations différentes du même morceau. Cela vous permet de découvrir de nouveaux artistes à travers des morceaux que vous connaissez déjà, ou de nouveaux classiques grâce à la performance d’artistes avec lesquels vous êtes déjà familier, ou tout simplement de savourer les différentes variantes de votre morceau favori, sans effort. Je vous le conseille franchement, et cette page a déjà illuminer pas mal de mes matinées autrement moroses.

Le deuxième est une vidéo géniale du groupe TED que vous retrouverez ici : http://www.ted.com/talks/stefon_harris_there_are_no_mistakes_on_the_bandstand.html

Stefon Harris nous y explique pourquoi il n’y pas d’erreur dans une session de jazz : seulement, au pire, un manque d’écoute. Mais aussi, à travers ses explications, il nous explique aussi, et nous montre !, comment un morceau de jazz est formé : initié, généré, perpétué. Bien sûr, dû à la nature de la vidéo, quelques conseils et commentaires sont davantage orientés vers la gestion, ce qui demeure néanmoins très pertinent, mais tout le reste est extrêmement intéressant concernant le jazz et la gestation de ses morceaux et de ses improvisations. Aussi, si vous n’êtes pas très familier avec la notion de gamme (the color, the palette dans la vidéo), cette vidéo peut être une bonne introduction à leur impact. Sur ce, je vous laisse découvrir le reste par vous-même. Simple détail : la vidéo est en anglais.

Enfin, je vous reviendrai sous peu avec la critique de quelques albums que j’ai pu écouter durant mes vacances. Je vous épargnerai les albums de Noël, à l’exception de deux que j’ai trouvés fabuleux. Pour le reste, et pour l’avenir, je vous reviendrai de temps en temps avec de nouvelles découvertes et quelques ressources pertinentes pour le jazz, mais, malheureusement et responsabilités obligent, avec beaucoup moins de discipline.

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FIN – 38 jours, 0 album

Voilà : j’ai terminé mon défi.

Je viens tout juste de terminer l’écoute de mon 365e album de jazz de l’année, mettant ainsi fin à une année complète d’écoute de jazz, de recherche, de discipline et de critique d’albums. Wow ! Il était temps !

Sans rire, je n’arrive pas à croire que ce défi soit déjà terminé. Je regarde derrière moi, vers tous les albums que j’ai écoutés, vers tous les articles que j’ai écrits, vers tout le temps, l’effort et le travail que j’ai consacrés à ce défi, et je suis à la fois surpris par la grandeur que cela représente et par la facilité relative que j’ai eue à faire tout ça. Étalé sur une année, il devient plus facile d’étendre les efforts, d’avancer un album à la fois. Mais quand même ! J’ai écouté et fait tout ça en l’espace d’une seule petite année ? Maintenant, qu’est-ce que je peux accomplir d’autre et de plus en une autre année ? Les possibilités me semblent infinies !

Voilà moins d’un an, je ne savais à peu près rien du jazz. Et maintenant, je peux, par exemple, prendre une liste des 100 meilleurs morceaux de jazz comme celle-ci : http://www.jazz24.org/jazz100.html , et en reconnaître près du trois quarts. Je peux même la juger et émettre des commentaires, comme : « Rhapsody In Blue seulement en 47e position ? Non ! » ou : « Take Five de Dave Brubeck en première position ? Indéniablement ! ». J’ai désormais suffisamment de connaissances pour maintenir une conversation sur le jazz, ou pour comprendre les nuances entre bop, hard bop, post-bop et neo-bop. Et tout ça, en seulement un an ? Qu’est-ce que je pourrais apprendre d’autre en la même période ?

Sans compter tous les bons moments que j’ai passés à écouter du jazz et qui, somme toute, n’étaient pas vraiment du travail (à l’exception de quelques albums de free jazz, ha !). J’ai découvert des perles de musique dans des lieux reculés du jazz, comme le divin third stream, qui m’ont fait frissonner et m’ont redonné foi en l’art et en l’humanité, et qui m’ont aussi fait me demander : « Mais qu’est-ce que le monde a encore à m’offrir de caché ? Quelle autre merveille incroyable se cache dans les entrailles de l’humanité et du monde ? ».

C’est ce que j’ai retenu de ce défi : que le simple petit défi de découvrir un nouvel album de musique tous les jours peut vous faire vivre une expérience extraordinaire et changer votre vision du monde. Vous découvrez rapidement que ce petit thrill lorsque vous mettez l’album dans votre voiture, lorsque vous commencez à l’écouter, ce petit moment où vous devez fournir un petit effort pour sortir de votre zone de confort, une fois l’album écouté, et surtout une fois le défi terminé, que cet effort en valait incroyablement la peine. Vous vous direz alors : « Pourquoi ai-je attendu si longtemps avant de me lancer, avant de fournir ce si petit effort si ridicule ? » Et vous réaliserez que le monde vous appartient, si vous prenez la peine d’y mettre l’effort. Et aussi que cet effort, vous ne le regretterez jamais, car la récompense en est trop grande, en comparaison. Et enfin que cet effort finit par disparaître peu à peu, pour faire place à un goût d’aventure et de nouveauté grandissant qui vous poussera en avant, vous fera avancer…

Je pensais à tout ça, en écoutant mon dernier album de jazz pour mon défi, avec un sentiment de triomphe, de satisfaction et de nostalgie à la fois. Surtout que j’écoutais un album d’une importance capitale pour moi et pour ce défi. Il s’agit du tout premier album de jazz que j’ai écouté de ma vie : la « Compilation jazz de la carte des amis du Festival édition 2008 », du Festival International de Jazz de Montréal.

C’était durant l’été suivant la fin de mon DEC (Diplôme d’Études Collégiales). Un de mes amis qui aimait beaucoup le jazz, même s’il s’y connaissait peu, avait insisté pour que nous allions au festival avec quelques amis. Voulant tenter l’expérience, j’y étais allé, et je ne l’avais pas regretté. Par contre, nous étions arrivés un peu tard, et nous n’avions peu voir qu’une performance ou deux, après quoi il avait fallu partir. Mais j’y étais retourné le lendemain, avec une amie, où nous avions pu en profiter davantage. J’avais également acheté l’album du festival, et je l’avais écouté d’une oreille très distraite à mon retour. Mais dès le début, un morceau m’avait frappé : « Worrisome Heart » de Melody Gardot, et qui m’a fait par la suite tomber en amour avec cette artiste.

Maintenant que je l’ai réécouté à la lumière de ce défi, et que j’ai donc bouclé la boucle, je m’aperçois qu’il s’agit effectivement d’un excellent album de jazz. Il est très facile d’approche, mais il offre aussi une profondeur supplémentaire à celui qui sait bien l’écouter. Par exemple, « Litany Against Fear » de Christian Scott ne peut que vous donner des frissons : http://www.youtube.com/watch?v=S_9orOOs_-M , avec sa profondeur et sa tension. Sinon, « Here’s Looking At You » et « How Deep In The Blues » en valent également bien la peine. Mais j’ai surtout adoré terminer ce défi avec un morceau de McCoy Tyner au piano : « You Taught My Heart To Sing », un morceau de circonstance, délicat et poignant, qui m’a presque fait verser une larme…

Et une fois l’album terminé, ce fut le silence. J’ai contemplé quelques instants le fait accompli, une époque qui venait de se terminer. Mais ne vous en faites pas : ce n’est pas la mort de ce blogue pour autant ! Je me lancerai maintenant dans de nouveaux projets, mais il me reste encore bon nombre d’albums de jazz à écouter, ainsi qu’une kyrielle d’artistes encore à découvrir. Je continuerai donc à entretenir ce blogue, de temps à autres, avec de nouveaux albums ou des articles spéciaux concernant le jazz.

Mais avant de poursuivre, je me réserve quand même le droit à quelques semaines de vacances. Je vous promets néanmoins un article spécial dans très peu de temps…

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Coltrane et Ra – 40 jours, 1 album

Je tiens d’abord à m’excuser pour cette rafale d’articles. Cependant, comme il ne me reste plus qu’un album à écouter (un seul !), je voulais mettre tout le reste en ordre aujourd’hui pour, fort probablement demain, terminer en beauté ce défi. Ainsi, hier, pour accompagner ma rétrospective sur le free jazz, j’ai écouté deux albums du style. Le premier était « Interstellar Space » de John Coltrane.

Mon seul grand regret dans ce défi, c’est ne pas avoir su apprécier pleinement Coltrane. Il y a quelque chose dans sa musique, ses improvisations et son exploration musicale que je ne saisis pas. Est-ce parce qu’il me manque plusieurs connaissances théoriques ? En fait, je ne suis pas encore sûr d’avoir vraiment compris l’improvisation modale… Alors, comment pourrais-je véritablement comprendre Coltrane ? Mais au moins, sa musique réussit quand même à me toucher, et je sais l’apprécier, même si je sens toujours qu’il y a encore quelque chose de cacher derrière cette musique, quelque chose d’encore plus extraordinaire… Peut-être n’est-ce que moi. Bref, cet album ne fait pas exception. Il faut aussi dire qu’il offre du free jazz assez avancé, alors qu’il n’y a que Coltrane au saxophone et Rashied Ali derrière sa batterie pour former la musique de cet album. Aussi, Coltrane y fait des improvisations libres assez poussées qui sont parfois difficiles à l’oreille. Cela dit, j’ai quand même bien apprécié les morceaux « Venus » et « Saturn ».

Le second était « Mayan Temples » de Sun Ra.

Une bonne partie de l’album ressemble à du big band improvisé en groupe, avec de bonnes mélodies de bop. Mais ce n’est pas ce que j’aime et recherche lorsque j’écoute un album de Sun Ra. Ce que je veux, et ce pourquoi cet artiste m’intrigue autant, c’est des morceaux comme « Theme Of The Stargazers », où les musiciens sont imprévisibles, où quelques sonorités futuristes et venues d’un autre monde se mêlent à la mélodie, avec une liberté et un chaos apparents mais exceptionnellement calculés et détaillés. Même chose pour le morceau « El Is A Sound Of Joy » ou même le morceau titre « Mayan Temple » et sa trompette en écho. Voilà ce que je trouve stimulant avec l’oeuvre de cet homme et ce que j’ai retenu de cet album : l’inconnu, l’audace et la créativité.

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Rétrospective sur le free jazz – 40 jours, 1 album

Le free jazz fut la partie la plus exigeante et la plus difficile de ce défi, mais ce fut également la plus satisfaisante et la plus enrichissante, tant au plan musical que personnel. Je me souviens des premiers albums de free jazz que j’ai écoutés durant ce défi : ce n’était pas une tâche facile ! « For Alto » d’Anthony Braxton a presque suffi à me décourager pour de bon. Mais je n’ai pas laissé tomber ! Et j’ai donné une deuxième chance au style, puis une troisième… Mais ce fut long et difficile avant de se faire une oreille au style et avant de pouvoir le comprendre et l’apprécier.

À force d’essais et d’erreurs, par contre, j’ai fini par y arriver, pour la plupart des interprètes de free jazz. J’ai même fini par y prendre goût ! Par sa difficulté, par ses nouvelles harmonies et progressions (ou leur absence totale), par son absence apparente de structure, par sa liberté extravagante et totale, le free jazz s’est révélé peu à peu comme un défi à mes yeux; comme quelque chose que je devais réussir à conquérir et à maîtriser. Heureusement, j’ai eu l’aide de quelques lecteurs qui m’ont conseillé quelques titres, et c’est là que j’ai commencé à vraiment apprécier et à en vouloir davantage.

On m’a fait découvrir Ornette Coleman et son « The Shape Of Jazz To Come » qui fut une véritable révélation. Avec le morceau « Lonely Woman », Coleman nous présente un morceau qui n’utilise ni les progressions harmoniques régulières, ni les structures et la logique conventionnelles du jazz. Mais le morceau, comme toute l’oeuvre de Coleman, a sa propre logique, et ses propres harmonies. Et c’est extrêmement stimulant ! Les musiciens ne vont jamais où ils ont l’habitude d’aller, me surprenant à tous les coins, mais jouant néanmoins de manière parfaitement cohérente, me faisant découvrir un tout autre aspect de la musique : ce qu’elle peut être à l’extérieur des barrières théoriques dans lesquelles on l’avait enfermée.

On m’a aussi fait découvrir Sun Ra, qui m’a montré jusqu’où l’exploration et la déconstruction de la musique peut aller. Le morceau « Atlantis » en est le parfait exemple. Est-ce de la musique ou simplement du bruit ? Où peut-on tracer la ligne ? Est-ce le rythme ? la structure ? les sonorités ? On dirait que Sun Ra nous répond qu’il n’y a pas vraiment de limite, que tout agencement de sons ou de rythmes peut être de la musique. Il m’a aussi montré jusqu’où on peut pousser l’improvisation libre, en groupe, avec des résultats pas toujours plaisants à l’oreille.

Il y a aussi John Coltrane, Pharoah Sanders et Alice Coltrane, qui mêlent la musique, le free jazz et la spiritualité. En ajoutant quelques sonorités éthérées (clochettes, harpe, instruments orientaux, etc.), en créant des ambiances méditatives, soit relaxantes ou intenses, et en laissant sortir la musique de ses propres frontières de manière hallucinante, ces artistes ont réussi à toucher quelque chose de sublime, qui dépasse la musique elle-même et ses possibilités ordinaires. Écouter l’album « Karma » de Sanders, c’est vivre un véritable voyage initiatique, avec ses moments plus terre-à-terre entrecoupés de moments d’une intensité presque insoutenable, réalisant ainsi une sorte de catharsis et faisant émerger l’auditeur, de l’autre côté de ce passage chaotique, dans un autre monde, comme dans un nouveau plan d’existence, de pensée et de musique. C’est difficile à expliquer, mais de l’autre côté d’un album de Sanders ou de Coltrane, on ressort changé. Notre perception de la musique et de ses possibilités, si ce n’est que ça, s’en retrouve complètement changée. Après, on ne peut plus jamais écouter de la musique de la même manière. On y percevra toujours les émotions, les sentiments, les expériences et les profondeurs qui y sont exprimés de manière nouvelle et différente. Et pour le côté spirituel, si vous réussissez à le percevoir et à le vivre, c’est encore plus exceptionnel. Mais je ne peux malheureusement vous le décrire davantage : c’est quelque chose qu’il faut vivre soi-même pour comprendre et apprécier.

Mais il y a aussi des manières moins intenses d’explorer la musique et ses possibilités sous l’égide du free jazz. Si vous prenez, par exemple, le groupe Circle ou The Art Ensemble of Chicago ou Cecil Taylor, l’exploration est vraiment concentrée sur une nouvelle approche du jazz lui-même, soit joué de manière plus libre et créative (dans le cas de The Art Ensemble of Chicago), soit joué selon de nouvelles structures, ou sans structures, ou avec des structures et des logiques encore plus élastiques que dans le post-bop. Circle réussit à créer de vrais morceaux, qui ont des textures exceptionnelles, mais qui demandent un peu plus d’attention et d’expérience pour être compris et appréciés. Le groupe utilise aussi de nouveaux éléments, comme les silences, ou essaie d’agencer certains éléments de différentes manières pour créer des résultats totalement nouveaux. Cecil Taylor, lui, m’a particulièrement marqué par son album exceptionnel « Silent Tongues ». Avec ses solos de piano hors de l’ordinaire, il réussit à déconstruire si bien la musique et son jeu de piano que la nature même de la musique et des notes y est exposée dans toute sa simplicité.

Mais avec le free jazz, j’ai aussi trouvé qu’il est facile de se perdre dans cette trop grande liberté, et ainsi de perdre l’essence de la musique, de son émotion et de son sens. J’ai l’impression que certains artistes arrivent mal à recréer la musique ou à la déconstruire proprement, avec intérêt et humanité. Car, qu’est-ce que la musique sans humanité ? J’ai donc eu beaucoup de difficulté à apprécier certains artistes qui m’ont paru trop froid et trop distant de leur musique, comme Andrew Hill ou Albert Ayler. J’ai réussi à comprendre, dans un sens, le génie de ce dernier, mais beaucoup d’autres artistes m’ont semblé morts et sans intérêt.

Mis à part eux, par contre, l’effort demandé pour découvrir, comprendre et apprécier le free jazz en valait grandement la peine. Et grâce au free jazz, je n’écouterai plus jamais de la musique de la même manière, et j’ai aussi l’impression que je peux maintenant pleinement comprendre la musique, jusque dans son essence même, et, qui sait, peut-être même certaines autres formes d’art…

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Mingus – 40 jours, 1 album

Pour accompagner ma rétrospective sur le post-bop, j’ai écouté un album du style, soit « Changes One » de Charlie Mingus.

Je dois vous avouer qu’il ne me restait plus beaucoup d’albums de post-bop dans ma librairie. Mais il me semblait être un impératif d’écouter un album de Mingus pour accompagner ma critique du post-bop. Dans mon esprit, les deux sont indissociables. Par contre, « Changes One » n’était peut-être pas le plus audacieux ni le plus créatif de la carrière de l’artiste. Ce n’est pas non plus le plus « post-bop » des albums post-bop. « Remember Rockefeller At Attica » est certes un bon morceau, mais il ne semble pas, ou peu, posséder cette liberté si centrale dans le post-bop. C’est plutôt un morceau de hard bop, en fait. « Sue’s Changes » rattrape un peu la note, avec sa nouveauté et sa créativité, mais « Devil’s Blues » nous ramène plutôt vers le blues et la soul qui, naturellement, se rattachent davantage au hard bop… Bien sûr, c’est un bon album, mais lorsqu’on s’attend à du Charlie Mingus éclatant et à un bon album de post-bop saisissant, on ne peut qu’être un peu déçu. Surtout quand il s’agit d’un des derniers albums d’un défi quelconque…

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Rétrospective sur le post-bop – 40 jours, 1 album

J’aime bien comparé le post-bop à l’impressionnisme français ou à l’expressionnisme allemand, selon les artistes. C’est qu’en poussant le hard bop plus loin, en rendant ses structures plus élastiques et en donnant encore plus de liberté à la créativité de ses artistes, le post-bop réussit à créer des images extraordinaires qui sont totalement inconnues du hard bop. Les artistes créent des mélodies qui ont une texture incroyable, qui créent des images frappantes et colorées aux contours flous et abstraits. Un peu comme Debussy, c’est très souvent des nuages de sons et de notes qui arrivent à l’oreille de l’auditeur, plutôt qu’une simple mélodie linéaire. Ce qui s’en dégage, ce n’est donc pas un morceau bien défini, mais plutôt des impressions, des couleurs et un paysage saisissant mais aux détails parfois difficiles à cerner, comme une toile de Monet par exemple.

La musique y est donc souvent plus viscérale et personnelle. Chaque artiste, encore plus que dans le hard bop ou que dans le bop, a sa propre signature, ses propres thèmes, ses propres émotions et images. Écouter du Charlie Mingus n’est pas du tout la même chose que d’écouter du Chick Corea; et écouter du Freddie Hubbard n’est pas non plus la même chose que d’écouter du McCoy Tyner.

Mingus nous transporte, surtout sur son album « The Black Saint And The Sinner Lady », dans un monde tourmenté et noir qui frôle la folie. Il construit une mélodie où les musiciens jouent sur plusieurs plans différents, et il fait ensuite s’entrecroiser ces plans pour créer un effet saisissant de tourmente continue, de doute et d’instabilité, où on peut presque toucher l’esprit sombre de Mingus qui se rapproche dangereusement de la démence. Dans son morceau « Pithecanthropus Erectus », cet effet est plutôt utilisé pour nous raconter l’histoire de l’humanité, avec ses guerres, ses massacres, sa violence et son chaos grandissant et inévitable.

Corea, lui, crée des images beaucoup plus lumineuses et colorées. Aussi, celles-ci sont plus calmes et relaxantes, bien qu’il sait aussi comment être énergique par moments. Mais si vous écoutez « The Mad Hatter », vous verrez que les images, même si elles sont parfois dramatiques, n’en demeurent pas moins glorieuses et illuminées par le côté magistral de Corea. C’est la même chose si vous écoutez « My Spanish Heart » : il profite de la liberté du post-bop et de son pouvoir à créer des images saisissantes pour composer des morceaux éclatants, dignes de symphonies. Mais si vous écoutez le morceau « The Hilltop » ou « Steps – What Was », vous verrez que ce pianiste sait aussi être posé et détaillé pour créer les mêmes effets. Et là, il rejoint Herbie Hancock, avec un peu le même style post-bop, où tous les deux créent des images complexes et émouvantes avec leur seul piano, un peu à la manière, justement, de Debussy et de ses nuages de sons…

De la même manière, Freddie Hubbard a un style très urbain et énergique, qui tend souvent vers la funk et la soul. Le post-bop ne lui sert qu’à pousser son style et son expression personnelle plus loin, de manière plus créative et plus complexe qu’il ne pourrait le faire en se limitant au hard bop. McCoy Tyner, par contre, embrasse entièrement le post-bop et sa liberté, s’en servant comme la source même de son inspiration. C’est avec des morceaux comme « A Prayer For My Family » et « Enlightenment Suite » que l’on peut véritablement comprendre tout le potentiel et toute la force créative contenus dans le post-bop. Toujours de manière organisée et structurée, car il tombe rarement dans le free jazz, Tyner se déchaîne sur son piano, pour créer des mélodies d’une beauté et d’une complexité incroyables.

Eric Dolphy, lui, par contre, traverse la ligne qui mène au free jazz, mais en conservant le pouvoir impressionniste et les images du post-bop. Créant, par cette liberté encore plus grande, une sorte d’obscurité semblable à celle de Mingus, mais sans la tourmente ni la folie. On a plutôt l’impression d’être dans une nuit très sombre, mais où les étoiles scintillantes offrent suffisamment de lumière pour nous permettre de voir les silhouettes qui composent le paysage nocturne.

C’est ce que j’adore du post-bop : malgré sa liberté relativement grande et ses structure élastiques, les mélodies et les compositions demeurent toujours intelligibles. Ils ne perdent jamais leur structure, ni la logique héritée du hard bop. Certains morceaux sont, bien entendu, plus difficiles et moins accessibles, mais, en tendant bien l’oreille, ils ne sont jamais complètement chaotiques. Car s’ils perdaient leur structure, leurs harmonies ou leur logique traditionnelles, alors ils tomberaient dans le free jazz. Et là, c’est un autre sujet…

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