Archives de mai 2011

Et enfin : le post-bop ! – 222 jours, 216 albums

Tant qu’à être dans les styles en « Bop », pourquoi ne pas écouter deux albums de post-bop, histoire de boucler la boucle ? C’est pourquoi j’ai écouté, d’abord, « Pithecanthropus Erectus » de Charlie Mingus.

Vous le savez : le post-bop et le free jazz sont tous les deux des styles avec lesquels j’ai encore un peu de difficulté. Mais cela commence à rentrer, et l’oreille commence à s’y faire. Surtout avec Mingus ! J’avais déjà été époustouflé par « The Black Saint and the Sinner Lady », et avec « Pithecanthropus Erectus », l’expérience fut renouvelée. Certes, il est un tout petit peu moins impressionnant, et aussi moins harmonique et mature, mais il a le mérite immense de m’avoir fait découvrir et enfin comprendre le génie de l’artiste. C’est définitif : vous devez entendre du Mingus au moins une fois dans votre vie. Et là, je ne parle pas seulement à ceux qui s’intéressent aux jazz. Tous, sans exception, devraient connaître au moins un air de Mingus. C’est aussi révélateur que de lire un poème de Beaudelaire sur le Spleen ou d’admirer une toile de Dalì.

Sérieusement, il prend littéralement le hard bop et il le pousse jusqu’à ses limites, parfois en les dépassant, mais jamais en tombant dans le free jazz ou quelque chose qui s’en rapprocherait. Il s’agit donc clairement de post-bop, et sans compromis. L’ambiance y est féroce, déterminée, expressive et grandiose. On n’a même l’impression qu’il ne compose pas, ni qu’il joue; il peint, voilà. On le voit, à travers le jeu des instruments, projeté des lignes de lumière et de couleurs obscures sur une toile, pour créer une oeuvre à la fois expressionniste, surréaliste et lugubre. Il nous plonge dans un univers à la fois illuminé et sombre, à la fois onirique et perpétuellement tourmenté. Et tout cela, bien qu’il le fasse de manière tout à fait audacieuse, demeure toujours incroyablement structuré, complexe et cérébral. Naturellement, il s’agit d’un album (ou même d’un artiste) que l’on peut écouter à plusieurs niveaux, ce qui le rend si merveilleux, si accessible et si satisfaisant à écouter et à découvrir.

Concernant les morceaux, « Pithecanthropus Erectus » qui ouvre l’album est clairement le moment le plus fort de l’oeuvre : http://www.youtube.com/watch?v=IjFtU0zEsWc . On y raconte l’histoire et l’évolution de l’homme, allant de la naissance de son orgueil jusqu’à sa déchéance la plus totale et complète. Il y aussi « Haitian Fight Song » qui est remplie de force et de vigueur, puis « A Foggy Day » qui dépeint réellement une journée brumeuse, en créant ces sons d’ambiances qui rappellent, par exemple, la corne d’un bateau entendue au loin, dans le brouillard. Sinon, tous les autres morceaux sont un délice, mais je crois que j’en ai déjà amplement dit sur l’album.

Enfin, ne reculant devant rien, j’ai écouté « Meditations » de John Coltrane.

En effet, « ne reculant devant rien » car il s’agit d’un album de pur free jazz. Pourtant, le résultat ne fut pas aussi pire que je m’en attendais. J’ai même apprécié 2 morceaux, soit « Compassion » et « Love » ( http://www.youtube.com/watch?v=i2jSgtdVu-Y ), qui m’ont paru plus structurés et un brin logique, faisant ainsi un peu de sens dans tout ce chaos. Aussi, heureusement, le désordre qui parcourait l’album n’était pas essentiellement désagréable et, surtout !, il n’était pas strident, sauf à de rares occasions. Par conséquent, il fut assez facile de l’écouter d’un bout à l’autre sans trop de heurts pour mes oreilles. Cela dit, le style commence à m’intriguer davantage, par son côté profondément inaccessible, difficile et, par dessus tout, par l’impossibilité que j’ai à en tirer un quelconque sens. Je parle, bien sûr, du sens des morceaux eux-mêmes et de leur structure, mais je parle également du style lui-même, du sens de son existence, et aussi de la motivation des artistes qui produisent du free jazz et des gens qui en sont des amateurs, traitant les oeuvres des premiers comme des perles de pur génie. Je comprends, certes, l’envie d’explorer tout le potentiel des instruments et du jazz jusqu’à leur maximum. Cependant, je ne comprends définitivement pas les moyens employés. En finissant, je dois également mentionné le morceau d’ouverture, « The Father and the Son and the Holy Ghost », qui m’a semblé n’être qu’un imbroglio de sons, comme si chaque musicien jouait seul de son côté, mais qui m’a aussi semblé remarquable par sa puissance et son ardeur.

Et pour le 3e album que j’ai écouté ? Je vous reviens dessus sous peu…

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Un peu de bop dans ma journée – 224 jours, 219 albums

Il y a un style de jazz que je n’ai pas encore eu l’occasion de bien explorer. Il s’agit du Bop. La raison en est que le style m’attire moins et m’accroche moins que les autres. Il y a quelque chose de vieux et de trop brut dans le Bop, ses sonorités et ses rythmes. Je préfère le raffinement du hard bop, l’excentricité du fusion ou la douceur du cool. Mais le Bop, je ne sais… Peut-être qu’à force d’en écouter ? Cela dit, je connais des gens qui adorent le style. Ils y voient une énergie contagieuse, une sorte de swing plus raffinée et développée, ou alors un hard bop plus vrai, plus franc et plus accessible; bref plus énergique et moins intellectuel. Tout cela pour dire qu’aujourd’hui, j’ai écouté « Something Old, Something New » de Dizzy Gillespie.

L’album est divisé en deux parties : la première comporte de vieux titres joués par l’artiste plus en début de carrière, et la seconde est faite de nouvelles compositions (pas forcément composées par Gillespie). Personnellement, j’ai trouvé que tout l’album était plutôt uniforme, sauf peut-être le début qui était plus énergique, avec « Bebop » et son rythme effréné, et « Dizzy Atmosphere » qui est définitivement le point fort de l’album ( http://www.youtube.com/watch?v=33WjIQR08J0 ). Pour le reste, il s’agit d’un bon album joué avec une belle énergie, mais qui mériterais une seconde écoute. Comme je le disais plus haut, je ne suis pas encore fan du style, devant encore me faire une oreille, et pour ma défense, je dois préciser que j’ai écouté l’album d’une oreille plutôt distraite. Cela dit, je l’ai trouvé meilleur que « At Newport ».

Par contre, j’ai préféré « Duke Ellington Meets Coleman Hawkins ».

Les deux artistes semblent y exprimer le jazz à l’état pur. Sans artifice, sans intellection abusive, sans effet sonore audacieux, ils présentent simplement : le jazz, sans compromis, et avec une énergie simple mais puissante. Il y a des moments plus calmes comme « Limbo Jazz », des moments plus rythmés comme « The Jeep Is Jumpin' », des moments rétros ou romantiques comme « Wanderlust », et surtout, il y a « Ray Charle’s Place », qui est un hommage des plus touchants, et des plus amusants aussi ( http://www.youtube.com/watch?v=wFCneUOOaWQ ). Le piano d’Ellington, le sax de Hawkins, les apparitions du trombone, tout y est un délice. Bref, il s’agit d’un album bien intéressant et très appréciable pour le peu que je connais encore du style.

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Le hard bop pour toujours – 224 jours, 221 albums

J’ignore pourquoi, mais il me semble facile d’oublier que j’aime le hard bop. On dirait que je le redécouvre à chaque album, avec un émerveillement toujours renouvelé. Et comme je m’ennuyais encore un peu de ce style, j’ai passé les derniers jours à m’émerveillé. D’abord, avec « Mosaic » de Art Blakey & the Jazz Messengers.

Voilà également un artiste dont j’avais oubli le grand talent. Comme Blakey est assis à la batterie, il arrive toujours à mettre son instrument en valeur de belle façon. Mais il faut aussi dire que je commence de plus en plus à reconnaître et à comprendre le rôle du batteur au sein d’un groupe, et surtout lorsqu’il s’agit de jazz. Et les albums de Blakey sont un bon moyen d’arriver à cette compréhension. Pour « Mosaic », chaque morceau semble être autant de valeur et appréciable que les autres. Il me serait difficile de vous décrire l’album autrement que comme un beau tout qui met à l’avant-scène des moments parmi les meilleurs du hard bop. Non pas par leur audace ou leur innovation, mais simplement parce qu’on sent que le style est bien maîtrisé et que tout l’album est une joie simple à entendre. D’ailleurs, c’est l’album qui lança véritablement cette composition des Jazz Messengers avec, entre autres, Freddie Hubbard à la trompette et Wayne Shorter au saxophone ténor. Sinon, certes, je peux vous parler du morceau éponyme et de la prédominance des percussions par moments, de l’air de blues qui se dégage de l’excellent « Down Under », du très appréciable « Crisis » qui reste dans l’oreille (Écoutez l’introduction avec la basse, puis l’arrivée de la batterie, et enfin la montée des cuivres : http://www.youtube.com/watch?v=JmRQKsWgj10 ), ou des sonorités un brin exotique de « Arabia » (J’hésitais entre les deux, donc je vous présente également celui-ci : http://www.youtube.com/watch?v=6lm5shcm1CM ). Cependant, comme avec « Kind of Blue », il s’agit d’un tout duquel il est difficile de retirer des parties. L’album est simplement une oeuvre en soit.

Ensuite, je me suis dit que cela faisait bien longtemps que je n’avais écouté un album typiquement hard bop de Miles Davis. Car j’écoute souvent des albums de l’artiste (Il s’agit véritablement d’un incontournable à tous les niveaux), mais il fut plus rare que ceux-ci s’inscrivent clairement dans le hard bop. J’ai donc choisi d’écouter (Puisque le choix est vaste !) l’album « Seven Steps to Heaven ».

J’hésitais entre lui et le classique « Miles Smiles », que j’écouterai probablement très prochainement. Mais j’ai plutôt choisi « Seven Steps to Heaven », entre autres à cause du morceau éponyme, qui est un incontournable, ou un jazz standard. Cependant, ce ne fut pas la seule surprise de l’album, même que ce morceau, au final, m’a paru plutôt ordinaire, en comparaison avec le très touchant « I Fall In Love Too Easily », avec aussi « So Near, So Far » et sa mélodie surprenante mais très accrocheuse, et surtout avec le merveilleux « Joshua » ( http://www.youtube.com/watch?v=eJ4_5n9wS0U ). Mais somme toute, l’album est bien appréciable, sans être un incontournable, et animera bien vos soirées passées à discuter ou à lire tranquillement.

Enfin, cherchant quelque chose de plus tranquille encore, pour dimanche matin, j’ai fini par écouter « Matador » de Grant Green.

Cet artiste a vraiment fini par me tomber dans l’oeil avec son style doux et son simple jeu de guitare. On dirait que cela amène le hard bop à un niveau plus calme et plus relaxant, car même lorsque les artistes s’enflamment un peu plus, l’ambiance demeure toujours aussi douce. Ici, Green nous enchante avec sa propre interprétation de « My Favorite Things », un peu avec le morceau éponyme, et surtout avec « Bedouin » ( http://www.youtube.com/watch?v=l8aswr8LLt0 ). Sinon, il s’agit d’un très bon album pour débuter votre journée, à écouter au bureau ou en vous adonnant à vos tâches quotidiennes de manière un peu distraite.

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2 Pianistes vus sous un autre jour – 227 jours, 224 albums

Après quelques albums moins « conventionnels », j’avais le goût de revenir aux sources, et d’écouter quelque chose de plus « classique ». Mon choix est tombé sur 2 pianistes exceptionnels qui, bien qu’ils aient révolutionné le jazz fusion de manière extraordinaire, ont aussi présenté des albums moins audacieux, mais tout aussi ragoûtants. À commencer par Herbie Hancock, et son album « The Piano ».

Il s’agit d’un album solo, où le son du piano est le seul que vous entendrez, à l’exception de quelques sons ambiants à l’occasion. Mais sinon, c’est simplement la pureté de l’instrument noble. Hancock y explore les possibilités de son piano en tant qu’instrument solitaire, en reprenant quelques standards du hard bop, tels que « My Funny Valentine » et « Someday My Prince Will Come », que j’aime beaucoup, mais aussi en jouant quelques compositions personnelles, dont la meilleure est définitivement « Sonrisa » ( http://www.youtube.com/watch?v=ObCFs8_BhR4 ). Et à travers l’album, il passe aisément du hard bop au post-bop, et y explore les techniques de différents pianistes marquants du jazz. Entre autres, certains passages m’ont rappelé le style anguleux de Thelonious Monk, et pour d’autres s’était la finesse de Bil Evans. Mais toujours, et la présence d’un seul instrument oblige, l’album demeure simple et doux.

Ensuite, j’ai poursuivi avec « Now He Sings, Now He Sobs » de Chick Corea.

Encore une fois, c’est le piano du grand artiste qui est mis à l’honneur, mais cette fois-ci aux côtés d’un batteur et d’un bassiste. On perd un peu de la pureté, mais cela a l’avantage de bien rythmer l’album et de créer d’avantage d’ambiance. Ici, Corea joue du hard bop, mais il dérive très souvent vers le post-bop, pour notre plus grand plaisir. Car ces « digressions » donnent des perles d’audace et d’exaltation, et laissent également présager le futur style et la verve à venir du alors jeune pianiste. Au final, cela donne un album de hard bop avec un plus au niveau du style et de l’originalité. Je vous le conseille chaudement si vous souhaitez explorer le post-bop et les frontières du free jazz, mais dans le confortable cadre du hard bop. Et surtout, ne ratez pas l’ouverture de l’album avec « Steps – What Was » : http://www.youtube.com/watch?v=Ga-M6LDmZzA

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Classique et moins classique – 230 jours, 226 albums

Voilà, c’est fait, j’ai enfin écouté le quatrième joyau, et l’apogée !, de la légendaire collaboration entre Miles Davis et Gil Evans : « Porgy and Bess ».

En effet, c’est clairement le meilleur des quatre. Il y a un raffinement extrême et une émotion profonde au travers de tout l’album. Même s’il se classe dans le cool et le big band expérimental, on entend presque rien des nombreux musiciens. Comme dans « Birth of the Cool », il semble n’y avoir qu’un mouvement, qu’une seule émotion, commune et unifiée. Le cool, comme sentiment, par contre, y est entièrement présent, en ce « hard bop » moins cérébral et plus simple et en ce bop plus adouci. Voilà d’où vient le raffinement ! Mais aussi, on a l’impression que le style est plus mature et plus maîtrisé qu’à sa naissance, dans « Birth of the Cool ». Quoique, dans les deux, tout coule de source… Sinon, je ne saurais malheureusement vous dire si l’album est fidèle ou non à l’opéra original, car il ne m’a pas encore été donné de l’entendre. Par contre, je peux vous assurer que, maintenant plus que jamais, j’y ai une motivation toute particulière. J’ignore quand, mais un de ces jours, bientôt, je prendrai 3 heures dans une de mes journées pour enfin connaître ce classique de folk, de blues et de jazz, et je vous reviendrai dessus avec mes commentaires. En attendant, vous pouvez toujours écouter les points forts de l’album, soit l’indémodable « Summertime », l’énergique (mais sans trop) « Gone », et les excellents « It Ain’t Necessarily So » et « I Loves You, Porgy ». Mais le véritable fleuron de cet album, c’est le très lyrique « Prayer (Oh Doctor Jesus) » avec sa montée dramatique des plus intenses. Voyez par vous-mêmes, pour quelques frissons : http://www.youtube.com/watch?v=48aPXCsI2Uw.

Ensuite, aujourd’hui, j’ai décidé de découvrir le groupe duquel fait partie l’admirable Stanton Moore, soit Galactic, avec leur album « Ruckus ».

Vous le savez, je deviens très habitué à écouter du jazz plus « hors-normes » et qu’il est parfois plus difficile de caractériser comme du jazz. Mais ça ? Non pas que le son est excentrique et inaccessible ou que l’agencement des styles surprennent : c’est simplement que j’arrive très mal à trouver le jazz dans l’album. Certes, j’y ai vu du blues, sous la voix rauque du chanteur et la structure de son chant, sous certains rythmes et avec l’harmonica, le jeu de la guitare et quelques apparitions de l’orgue électrique, mais du jazz ? Hm… J’y ai aussi entendu une basse soutenue et une guitare électrique un peu sale. Avec la voix blues, on croit même, par moments, à du grunge ! Peut-être que le rythme de batterie soutenu que j’entends « rock » est supposé être « funk » ? Ah oui ! Il y a peut-être bien « Uptown Odyssey », qui a un petit quelque chose de jazzy ( http://www.youtube.com/watch?v=K2NcTdz5ej4 ). Mais pour le reste, il s’agit d’un excellent album, si vous aimez cette frontière entre le blues et le grunge. Moi, je l’aime bien. Ce n’est simplement pas du jazz, voilà.

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La tranquillité – 231 jours, 228 albums

Pour me remettre des émotions de mes deux derniers albums, j’en ai choisi deux autres plus calmes et relaxants. Hier soir, j’ai donc écouté « My One and Only Thrill » de Melody Gardot.

Il s’agit de son second et dernier album à date, et il est aussi rempli d’émotion, de blues et de frissons que le premier. Cette artiste touche mon coeur à chaque fois. Pourtant, sa voix est remplie de simplicité, de douceur et de délicatesse, mais il s’en dégage la plus puissante des mélancolies. Parfois, c’est aussi une petite joie naïve qu’elle nous fait vivre, comme dans la balade « If The Stars Were Mine ». À d’autres moments, cette mélancolie est un peu adoucie par quelques jeux de scat et une énergie plus jazzy, dans « Who Will Confort Me » par exemple, qui m’a fait découvrir l’album alors que je l’écoutais sur une compilation du FIJM ( http://www.youtube.com/watch?v=qKDj-OVJ6hc ). Mais la force de Melody, là où elle passe de merveilleuse à parfaite, d’émotionnelle à poignante, c’est dans ses morceaux profonds, lents et sensuels, tels que « Love Me Like The River Does » sur « Worrisome Heart » ou, ici, « Lover Undercover » et, surtout, « Our Love Is Easy ». Bref, elle fait partie de ses artistes desquels on tombe amoureux dès la première écoute…

Ensuite, pour un dimanche matin, un album de Cal Tjader est toujours de circonstances. Aujourd’hui, c’était « Several Shades of Jade ».

Cela faisait un petit bout de temps que je souhaitais écouter cet album aux influences de musique du monde. Mélangé le vibraphone de Tjader et l’ambiance des pays d’Extrême-Orient ? Ça promet ! Et je ne fus pas déçu, même si je m’attendais à un album plus osé. En fait, c’est surtout un album de Tjader, mais avec quelques sonorités, quelques instruments et quelques fonds exotiques, le tout mêlé avec du jazz plus conventionnel. Cependant, cela donne au vibraphone et au reste une certaine profondeur, et une belle couleur attrayante et scintillante. Rien d’extraordinaire, mais juste parfait pour me lever et me réveiller comme il se doit : tranquillement. Pour un aperçu, suivez le lien : http://www.youtube.com/watch?v=8AU_91XRstM

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Funky ! – 232 jours, 230 albums

Histoire de ramener le beau temps, j’ai décidé d’écouter coup sur coup deux albums aux influences assez funkys merci ! Et il faut croire que cela a fonctionné, puisqu’il fait déjà un temps superbe. D’abord, « Flyin’ The Koop » de Stanton Moore.

Ce ne fait que peu de temps que j’ai compris ce qu’était vraiment le « funk ». En fait, c’est en réécoutant « Chilcock », lorsque je préparais mon Top 10 des meilleur morceaux, que le déclic s’est fait. Le rythme imposant, la basse omniprésente et les mélodies profondément soul m’ont alors conquis d’un coup. Et comme les autres albums de Moore, cet album nous fait vivre à merveille cette expérience. Assis derrière sa batterie, Stanton est le corps même de l’album, et il l’anime en entier. Tous les autres instruments semblent même, par moments, n’être que de la fioriture, car tout l’essentiel est déjà présent dans le rythme complexe mais ferme qui fait avancer les morceaux. L’album s’ouvre sur l’imposant « Tang The Hump » ( http://www.youtube.com/watch?v=oUmEmh3UeGM ), et poursuit tout de suite avec « Fallin’ Off The Floor » aux influences très blues. Il y aussi le jam endiablé de « Launcho Diablo » et le très apprécié mais plus calme « Prairie Sunset ». J’ai aussi bien aimé le déjanté « Things Fall Apart » qui porte très bien son nom, et le plus lyrique « Amy’s Lament ». Et que dire du très funky « Hunch » ? Bref, un album très agréable et rempli d’une belle énergie funky.

Toutefois, l’album demeure assez calme, comparativement au second que j’ai écouté, qui, lui, était littéralement déjanté. Je vous parle de « One-Two Punch » de Liquid Soul.

Cet album doit mélanger au moins 5 ou 6 styles et courants musicaux ensemble. Et le résultat en est tout simplement époustouflant. House, hip-hop, funk, électro, ska punk, rap, jazz et quelques influences orientales se heurtent et fusionnent de manière spectaculaire et troublante. L’énergie qui s’en dégage est puissante, continue et, surtout, contagieuse. Dans ma voiture, avec le soleil et le beau temps, je ne pouvais m’empêcher de suivre le rythme des morceaux en secouant de la tête et en tapant sur mon volet, alors que le funk s’écoulait de mes fenêtres ouvertes et que la basse faisait vibrer ma voiture. Il s’agit, selon moi, de l’ultime album d’été.

Mais cela dit, le jazz y occupe une place plutôt restreinte, et bien que l’album se définisse comme en étant un de jazz, on pourrait tout aussi bien dire qu’il s’agit d’un album de house ou de hip-hop aux influences jazzys. Ce qui fait surtout le jazz, c’est la structure de quelques morceaux et la présence récurrente des cuivres, mais ce dernier point peut aussi, par moments, passer pour du ska punk, sous l’électronique et le côté pop de l’ambiance. Par contre, certains passages m’ont rappelé clairement le Mahavishnu Orchestra ou des passages de « Bitches Brew », entre autres durant l’excellent « Sex God », avec sa guitare électrique et ses moments éthérés (Écoutez-la ici : http://www.youtube.com/watch?v=wVzcbwQjJWI ), et un peu dans l’interlude « Liquid Angels ». Il y aussi « Peanut Head », et surtout « Bebop Interlude » qui rappelle, naturellement, le bebop et le big band, mais en y ajoutant une touche très moderne… Mais l’album n’est pas explicitement jazz, et cela se mélange avec les autres styles, tels que le rap dans « Attaboy » et « Stop », et la musique du Moyen-Orient dans l’interlude « King Of The Ill ». Sans compter l’omniprésence du « Boom-boom » caractéristique du house et l’influence hip-hop ! Pour le reste, il est difficile de vous en décrire davantage. Si vous voulez vivre l’expérience, écoutez l’album.

Enfin, il est peut-être important de mentionner qu’il s’agit de deux albums assez récents, soit 2001 pour le premier, et 2006 pour le second. Et c’est dément de voir comment ces albums s’inscrivent dans le temps, surtout pour « One-Two Punch ». Avec cette fusion des styles aussi complète, il me semble difficile de produire un album plus actuel, plus près de tout ce qui se fait dans le monde de la musique actuellement. Ça ressemble à un intense melting pot de toutes les tendances actuelles, mais en y apportant l’aspect cérébral et réfléchi du jazz. Sans cette structure malléable et caméléon du jazz, j’ai l’impression que le tout serait vide et incohérent. Là, pourtant, c’est grandiose et spectaculaire. Pour Stanton Moore, c’est peut-être moins présent, mais en associant le jazz, le fusion, le funk et le R&B ensemble, il réitère que le jazz est bien vivant. Certes, d’autres avant lui ont mélangé ces styles ensembles, mais il le refait, et de manière moderne et actuelle, et en réutilisant l’agilité et la capacité du jazz à s’adapter et à évoluer dans tous les milieux et avec tous les styles. Ainsi, il est encore possible de faire du jazz, et de le vivre, sans absolument passer par le hard bop ou le swing. On peut aussi le faire de manière nouvelle, à notre sauce, alors qu’il se mêle à notre réalité, contemporaine. Voilà.

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Interactif ! – 235 jours, 232 albums

À partir d’aujourd’hui, je vous propose quelque chose de plus qu’à l’habitude : une occasion concrète de partager, avec moi, mon défi. Comment ? De manière bien simple. Pour les albums que j’écouterai à l’avenir, je vous offrirai, lorsque cela sera possible, un lien youtube qui vous permettra d’écouter un morceau spécialement choisi de l’album. Ainsi, vous partagerez avec moi les émotions, l’exaltation et la béatitude qui me suivent quotidiennement par ce défi. J’espère que vous apprécierez autant que moi ces quelques morceaux de jazz. Mais si vous lisez toujours ce blogue, je n’en doute pas une seconde.

Donc, commençons ! Hier, je me suis enfin décidé à écouter une chanteuse des plus reconnues, soit Sarah Vaughan, avec son album live « At Mister Kelly’s ».

Je tiens d’abord à dire que j’ai été déçu. Non pas par le talent de la chanteuse ou par l’ambiance ou par quoi que ce soit. C’est simplement que l’artiste n’est pas arrivée à me toucher. L’émotion ne semble pas avoir passé… Bref, ça n’a pas cliqué entre Sarah et moi., malheureusement. Cela dit, peut-être qu’elle atteindra votre coeur à vous ? Qui sait ! Mais cela étant dit, elle a sans aucun doute du talent, et sa virtuosité est démontrée à maintes reprises durant l’album. De plus, l’orchestre qui l’accompagne est très discret, laissant toute la place à la chanteuse, et il ne semble être là que pour donner un peu de rythme, sans plus. Ses points forts sont « Stairway To The Stars » avec sa poésie et son rêve, « Lucky In Love » avec son humour, « How High The Moon » avec son côté touchant et franc et ses passages de scat (faits avec une incroyale virtuosité, justement), et surtout le classique « Just One Of Those Things » qui m’ébranle à chaque fois. Un autre aspect que j’ai bien apprécié de l’album, c’est toute sa franchise et son côté live. L’album s’ouvre alors qu’on explique aux spectateurs du spectacle que la soirée sera enregistrée pour faire le présent album, et qu’ils sont donc un peu, pour ce soir, des artistes de jazz. À la fin du second morceau, « Willow Weep For Me », Vaughan improvise les paroles sur le fait qu’elle doit improviser pour allonger le morceau. Bref, cela rend l’album très vrai, et presqu’interactif, car on a l’impression d’être là, dans un petit café, à écouter Sarah chanter. Pour un morceau, malheureusement, je n’ai rien trouvé de concluant sur youtube par rapport l’album…

Et aujourd’hui, j’ai écouté un classique, voire une pierre angulaire du hard bop, soit « Song For My Father » de Horace Silver.

Et cette fois, je ne fus pas déçu, bien au contraire ! À chaque fois que j’écoute un album de ce calibre et de cette qualité, je me remercie d’avoir entrepris ce défi. Car c’est précisément pour dénicher et pour découvrir de telles perles que je l’ai débuté. Sérieusement, il doit faire partie de votre collection. Si vous n’en avez pas une, voilà le moment de la commencer. Certes l’album n’a rien d’extraordinaire, d’audacieux ou de spectaculaire. Mais c’est précisément ça qui fait toute sa beauté. C’est un album de hard bop dans le style le plus pur et le plus classique du genre. L’écouter est simplement relaxant et plaisant. Et avec sa simplicité qui le rend très accessible, il est à peu près impossible de ne pas l’aimer. J’y ai adoré le presque solo de piano de « Que Pasa? [Trio Version] », la douceur et le calme de « Lonely Woman » et, surtout, « Sanctimonious Sam ». Et cette fois, je vous laisse découvrir ce dernier par vous-mêmes : http://www.youtube.com/watch?v=cPrgCb6LR8Q.

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Mélomane du dimanche – 237 jours, 234 albums

Rien ne vaut 6 albums de jazz en 2 jours pour se redonner la piqûre ! Car non, je n’ai pas chômé dimanche non plus. Dès le matin, j’écoutais déjà « Idle Moments » de Grant Green.

Je voulais commencer la journée tranquillement et sans trop choqué mes oreilles, déjà que je me suis levé tôt… Grant Green était donc le choix qui s’imposait. Mais je n’aurais pas cru que cela était aussi vrai ! La douceur de sa guitare, le rythme très lent, le vibraphone qui fait quelques apparitions, et le piano qui murmure : on ne saurait rêver mieux pour un dimanche matin. Et le morceau qui s’imposa le plus, c’est « Idle Moments », le morceau d’ouverture. Il s’agit d’un pur délice, qui se classera inévitablement dans ma prochaine sélection de morceaux à écouter. Sublime et délicat sont les deux seuls mots qui me viennent à l’esprit. Je ne vous en dit pas plus, et vous laisse vivre ce rêve par vous-mêmes.

Ensuite, je voulais poursuivre dans le hard bop. Et comme j’étais maintenant bien réveillé, j’ai osé écouter « Sahara » de McCoy Tyner.

« Vigueur » serait le mot pour définir l’entièreté de l’album. Il m’a d’ailleurs surpris par son énergie et, surtout, sa fureur. J’ai adoré l’écouter, mais avoir su, j’aurais plutôt attendu l’après-midi avant d’entamer son écouter ! Toujours avec énergie, on a parfois même l’impression que le piano va céder sous le jeu puissant et féroce de Tyner. Et par d’autres moments, comme dans le solo « A Prayer For My Family », on se surprend presque d’entendre le piano suivre si aisément la virtuosité démente de ce musicien. L’album est défini comme appartenant au post-bop, mais certains passages touchent presqu’au free jazz, par leur audace et la force de leur improvisation, surtout dans « Sahara », le dernier morceau. Sinon, « Valley Of Life » nous transporte complètement ailleurs avec la sonorité si particulière du koto, accompagné de flûtes. Bref, il s’agit d’un album déjanté et audacieux, et je comprends pourquoi certains le considère comme un incontournable. Pour ma part, je n’irais peut-être pas jusque là, mais il est, à coup sûr, satisfaisant à écouter. Mais un petit conseil : ne le faites pas le matin; attendez plutôt l’après-midi.

Et pour terminer la journée en beauté, j’ai décidé de découvrir un musicien que j’avais déjà rencontré quelques fois, entre autres aux côtés de Miles Davis, mais à l’état pur et en tant que leader. Je parle du batteur Tony Williams, à travers l’album « Emergency! »

C’est en écoutant « In a Silent Way », samedi, que le nom m’accrocha. C’était le seul musicien, parmi la demie-douzaine présente sur l’album, que je ne connaissais pas. En cherchant un peu, je me suis rendu compte qu’il s’agit d’un artiste à part entière, d’ailleurs très influent dans le domaine du jazz fusion avec son groupe « The Tony Williams Lifetime ». Qu’à cela ne tienne ! Je me suis procuré son album phare pour tenter de percer son talent et entendre sa contribution au style. Et même s’il ne m’a pas semblé révolutionnaire, l’album ne fut pas décevant pour autant. D’ailleurs, j’ai particulièrement apprécié le morceau « Beyond Games », et aussi « Via The Spectrum Road », qui est plus un morceau de rock des seventies qu’un morceau de jazz. Et cela, tant par la voix, la guitare et l’agencement des autres instruments, que par le rythme et l’ambiance. Mais ça en est déroutant, puisqu’il s’inscrit parfaitement dans la trame de l’album, mélangeant ainsi les 2 genres en un jazz-rock surprenant. L’album entier semble se situer entre deux mondes. Mais quelques morceaux demeurent décevants, tel que « Spectrum » et « Sangria For Three ». Cependant, l’album demeure intéressant, ne serait-ce que par cette approche nouvelle du jazz-rock.

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Nouveau départ – 239 jours, 237 albums

Et voilà. Tel que promis, j’ai bien profité de ma journée pour reprendre mon retard. Et cela dit, je l’ai fait avec 3 albums pas piqués des vers ! À commencer par « But Beautiful », du Bill Evans Trio, et avec Stan Getz.

Déjà, simplement au nom, l’association de ces deux artistes semble parfaite. La délicatesse de Getz et le raffinement d’Evans ne peuvent que donner de bons résultats, non ? Indubitablement. Chaque morceau est un délice, voire un joyau. Déjà, dans le Bill Evans Trio, chaque musicien a sa place, et l’énergie et la cohésion du groupe est parfaite. Mais ils semblent n’avoir aucune difficulté à accueillir Stan, et alors le tout se mêle avec brio. Il est simplement dommage que l’expérience n’a pas, par la suite, été renouvelée. Mais peut-être que cela ne fait que rendre cet album plus unique et extraordinaire. Sérieusement, il fait partie de mes préférés. Et si vous l’écoutez, portez une petite attention à « But Beautiful », le morceau éponyme. Il est tout simplement merveilleux.

Après cet album rempli de finesse et de classe, j’avais le goût de quelque chose de plus électrique et d’envoûtant. Voyant l’immensité de la discographie de Miles Davis que je dois encore écouter, mon choix c’est donc arrêté sur son « In a Silent Way ».

Je vous ai déjà parlé de « Bitches Brew » ? En voilà le précurseur. Dans cet album d’une quarantaine de minutes, Davis se lance enfin dans le fusion. Le tempo y est lent, malgré les cymbales de Tony Williams en double temps, et l’ambiance y est douce et enveloppante. L’orgue de Zawinul, les pianos électriques de Corea et d’Hancock, ainsi que la guitare de McLaughlin font passer un léger fil électrique dans l’air. Avec la trompette de Davis, l’atmosphère y est complète, enveloppante et satisfaisante. Et surtout, les musiciens ne s’enflamment pas, demeurant calmes et mesurés durant presque tout l’album, à l’exception d’une partie du second morceau (car l’album n’en compte que deux…). Ainsi, cela en devient hypnotisant, nous plongeant dans une sorte de transe bien semble à celle de « Bitches Brew ». Par contre, ici, cette ambiance semble plus accessible, et la trompette y est moins criarde. Mais l’album demeure néanmoins une expérience à part entière. Si vous n’êtes pas encore assez audacieux ou aventurier pour vous plonger tout suite dans le monument qu’est « Bitches Brew », « In a Silent Way » est une excellente façon de débuter, de vivre l’expérience et de se faire une oreille. Pour les autres, la simple idée de revivre une telle expérience vous a déjà séduits.

Enfin, ne reculant devant rien, j’ai décidé de renouveler l’expérience du free jazz. Cette fois-ci, ce fut avec un album plus accessible et un peu moins « avant-gardiste ». Je parle de « Conference of the Birds », du Dave Holland Quartet.

Et cette fois-ci, finir l’album ne fut pas une difficulté. Certes, il faut encore que je me fasse une oreille, mais l’album était tout de même très intéressant. Dès qu’on titille mon oreille avec des formes qui semblent incongrues mais que le résultat est bon, je ne peux qu’en tirer de la satisfaction. Car je le vois alors comme une opportunité d’apprendre et de grandir. C’est grâce à cette attitude que j’aime tant de choses, à commencer par le jazz ! Ainsi, le free jazz comporte son lot de mystère et d’attraits. Surtout après avoir écouté un tel album… Cependant, je vous le dis immédiatement : si vous avez encore de la difficulté avec le jazz, ne vous embarquez pas dans le free jazz et le jazz d’avant-garde. Vous perdrez votre temps, votre énergie, et vous n’aimerez pas. Par contre, si vous appréciez déjà beaucoup et que vous souhaitez aller un peu plus loin, alors pourquoi ne pas tenter le coup ? Cet album m’a semblé être un bon début, du peu que je connais du style. Surtout, j’ai trouvé très stimulante, même si le résultat n’était pas parfait, cette exploration des sons, des structures et des harmonies. Et comme cela est fait de manière plutôt accessible, je suis très satisfait de l’écoute de cet album. Mais une chose est certaine; cela me prendra encore un peu de temps avant de retourner vers Anthony Braxton…

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