Archives de août 2011

Le jazz populaire – 132 jours, 124 albums

Pour mon dimanche, j’ai écouté trois albums qui pourraient être, à une époque ou à une autre, qualifiés de populaires. Le premier est une compilation des oeuvres de Louis Prima : « Capitol Collectors Series ».

Avec Prima, on se retrouve tout à coup plongé, tête première, dans l’époque du swing et même des débuts du rock ‘n roll. Avec des indémodables classiques tels que « Jump, Jive An’ Wail » et « Twist All Night », on se voit danser en smoking sous des airs endiablés, faisant virevolter d’élégantes jeunes femmes en robe longue. Avec les textes romantiques de « You’re Just In Love », on se voit chanter la sérénade à quelque conquête, avec des airs à la Sinatra ou à la Bennett. Avec l’humour de « Banana Split For My Baby » et la réinterprétation de « Embraceable You – I Got It Bad », on se voit, verre à la main, rire à gorge déployée dans quelque bistro enfumé de cigares des années de l’après-guerre. Bref, écouter une telle anthologie de Louis Prima, c’est revivre, à travers divers morceaux qui ont marqué les esprits d’alors et, encore, les générations d’aujourd’hui, toute une époque, désormais révolue, mais qui peut être ressuscitée l’espace d’un album ou d’une soirée. Et j’oubliais le délicieux « Just A Gigolo – I Ain’t Got Nobody », dont la mélodie semble avoir déjà été ancrée dans ma mémoire par quelque mystère… : http://www.youtube.com/watch?v=gDkLSjsiqlM .

Pour poursuivre dans la même lignée, j’ai décidé d’écouter un album de jazz populaire, mais datant d’une autre époque, de 1989 pour être précis, soit « Back on the Block » de Quincy Jones.

Il s’agit, histoire d’être un peu technique, de crossover jazz. Qu’est-ce ? Il s’agit d’une branche qui découle du jazz fusion, alors qu’on tentait de mêler le jazz avec d’autres types de musique populaire, à l’instar du rock avec le fusion. Le résultat, ici ? Un album de rap, de R&B, de funk, de hip hop et de pop, avec une nuance littéralement indistinguable de jazz pour mon oreille. À l’exception évidente de la réinterprétation de « Birdland », je me demandais, durant tout l’album : « Est-ce bien du jazz ? ». Pourtant, mes lectures et recherches sur le sujet me confirment que oui, à commencer par Allmusic. En tout cas, si influence jazzy il y a, elle s’y retrouve bien méconnaissable ! Bref, si vous le souhaitez, vous pouvez essayer la version de Quincy Jones de « Birdland » ici : http://www.youtube.com/watch?v=VhrfHQ4sEnc , même si ce n’est pas ma préférée, mais le reste m’a semblé sans intérêt pour ce défi ou pour le monde du jazz. Désolé Quincy…

Enfin, j’ai terminé la soirée d’hier avec un autre album de crossover jazz, mais qui allait plutôt dans une autre direction. Je vous parle de « Letter from Home » du Pat Metheny Group.

En fait, il est tout aussi populaire et accessible que celui duquel je viens de vous parler (Pour « Back on the Block », je vous rappelle qu’on était en 1989 !), mais il se dirige davantage vers le smooth jazz. Il faut d’abord dire que le style de Pat Metheny s’y prête beaucoup plus. Avec ses ambiances douces et calmes et avec une guitare électrique jamais trop chaude, il me semble plus que normal que le groupe ait penché, sur quelques albums, vers le smooth. Cela donne même du très bon Metheny, bien accessible et parfait comme musique de fond ou d’ambiance : il se prend doucement. Ajoutez à cela quelques nuances brésiliennes, et vous voilà avec l’album qui meublera votre prochain souper un peu animé, mais pas trop. Bref, juste assez pour éveiller les conversations… Et je tiens aussi à dire que, ici, le smooth jazz n’est pas du tout insipide !

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Liberté – 133 jours, 127 albums

J’ai l’impression que plus j’écoute du Chick Corea, et plus j’apprécie cet artiste. Je vous donne pour exemple « The Mad Hatter ».

C’est, naturellement, ma passion pour « Alice au Pays des Merveilles » et tout son univers qui m’ont attiré vers cet album. Je m’attendais honnêtement à un album de post-bop un peu aventureux, parsemé de quelques clins d’oeil à l’univers de Carroll, mais sans plus. Pourtant, c’est plutôt un mélange de post-bop et de fusion, avec une atmosphère enveloppante et rêveuse, profondément plongée dans le pays des merveilles qui m’accueillit, dès les premières notes de « The Woods » ( http://www.youtube.com/watch?v=3qLJW39A8B8 ). Avec ce morceau, je me voyais déjà perdu en plein milieu des bois où Alice s’était aventurée, au début du film classique de Disney, alors qu’on est sur le point de rencontrer Tweedle Dee et Tweedle Dum. Ce son magique et indescriptible du début, avec ces sons d’eau qui barbotent tranquillement, au loin, suivis de quelques notes de piano; tout cet arrangement de sons est simplement mystifiant. Puis viennent ces sons électroniques et étranges qui envahissent les airs, pénétrant notre esprit et nos rêves. Plus loin sur l’album, il y a cet air plus jazzy et swing qui accompagne notre rencontre avec « Humpty Dumpty ». Aux premiers abords, le morceau semble conservateur, en comparaison au reste de l’album, mais bientôt, une liberté et une énergie nouvelles s’y expriment, donnant une jovialité contagieuse à cette rencontre. Ensuite, c’est « Falling Alice » qui nous en met plein la vue, avec ses arrangements et sa structures dignes d’une symphonie classique (Le prélude : http://www.youtube.com/watch?v=TrjkhpMDwVc&feature=related ; puis le morceau : http://www.youtube.com/watch?v=IqarVvq5Fz0&feature=related ). Le résultat : simplement grandiose. D’ailleurs, durant le morceau, on ne peut s’empêcher d’avoir une petite pensée pour « The Cheshire Cat Walk » de Maynard Ferguson. Sinon, les deux autres moments forts de l’album sont « Dear Alice », où on reconnaît davantage le style bien propre à Corea, avec ses airs latins et de samba, et « The Mad Hatter Rhapsody ». Ce dernier morceau, qui clôture l’album, est aussi habité de cette énergie, mais en y mêlant également celle de « Falling Alice », mais ici avec une ambiance plus festive que dramatique. D’ailleurs, l’un des moments qui m’a le plus marqué est lorsque les instruments électroniques recréent d’un coup, et durant un trop court moment, le chant des théières du non-anniversaire du dessin animé si cher à mon coeur. Bref, écouter cet album, c’est, pour moi, revivre un rêve d’enfant.

Après une expérience aussi frappante, et ne sachant trop quoi écouter, je me suis rabattu sur un album plus conventionnel : « The Sound of Sonny » de Sonny Rollins.

C’est la même chose pour cet artiste : je commence à l’aimer davantage, album après album. Celui-ci, par exemple, est profondément ancré dans le hard bop, mais avec un style qui lui est bien particulier. Il a quelque chose de classique et d’indémodable. Il m’a semblé vieux et moderne à la fois. Bref, il m’a semblé accompli. En écoutant « Just in Time », j’ai l’impression d’écouter du jazz, tout simplement et sans définition ni sous-genre. C’est un peu la même chose pour le lyrique « What Is There To Say » ( http://www.youtube.com/watch?v=dp9nicO2KvI ), et même pour le reste de l’album. Bref, c’est un album qui m’a pénétré par sa pureté, sa nonchalance et son honnêteté.

Après, j’ai opté pour deux albums marqués d’une grande liberté et du sceau du free jazz et de celui du jazz d’avant-garde. J’ai commencé par me risquer avec un second album d’Andrew Hill : « Black Fire ».

Encore une fois, j’ai le regret de vous dire que j’ai de la difficulté à apprécier cet album, et cet artiste. Je trouve son jeu trop chaotique, et même froid par moments. Il ne semble y avoir eu de moment où mon coeur a tressailli, ni un où il aurait frissonné. Cela dit, ce son semble être la signature de quelques autres artistes que j’ai encore de la difficulté à comprendre et à apprécier : cette structure plus mécanique, dont les articulations semblent saillantes et molles à la fois, mais en demeurant, me semble-t-il, dénuée d’émotion et de feu. C’est, au contraire, froid et distant à mon oreille. Ce n’est pas comme l’énergie qui se dégage d’un album d’Ornette Coleman, ni la chaleur impressionniste d’un Eric Dolphy. Cela dit, j’ai aussi l’impression que c’est le genre d’album qui nécessite plus d’une écoute, voire qui en nécessiterait une bonne dizaine avant d’être apprécié à sa juste valeur, ce que je n’ai malheureusement pas le temps de faire, pour le moment. Mais malgré cela, je dois bien avouer que j’ai beaucoup aimé le morceau éponyme, « Black Fire », qui me faisait un peu penser à du bop et au style audacieux et, par moments, angulaire de Monk ( http://www.youtube.com/watch?v=mSwhHSlOoBc ). « Land of Nod » y était aussi bien appréciable, pour les mêmes raisons.

L’autre album en est un d’une autre grande figure du free jazz : Albert Ayler. Et son album, c’était « Spiritual Unity ».

L’album se situe pas mal dans le même style/signature auquel je faisais référence plus haut : mécanique et froid. Toutefois, ici, il semble s’exprimer avec une pureté nouvelle. En même temps, et peut-être de manière contradiction, cet album m’a plus touché que « Black Fire » ou les autres du même style. Certes, j’ai trouvé « The Wizard » et « Ghosts – Second Variation » plutôt ordinaires et sans intérêt, mais par contre, le début de « Ghosts – First Variation » m’a donné quelques frissons bien appréciés. Les notes décousues du saxophone se détachent, seules, au départ, avant de former, presque péniblement, un thème bien reconnaissable, mais néanmoins marqué par cette naissance chaotique. Puis, elles se désagrègent de nouveau. Mais le moment fort de l’album a surtout été « Spirits » ( http://www.youtube.com/watch?v=-_l-D7Ly9b4 ), avec cette oscillation si merveilleuse dans les notes du saxophone. Elle rappelle quelque spiritisme et apparition d’esprits, rejoignant presque le son d’un thérémine, mais en plus aiguë et cuivré. Avec le jeu désordonné de la basse et le crépitement des cymbales de la batterie, on se croirait dans une maison hantée et désenchantée. Bref, la recherche du son dans ce morceau est véritablement surprenante par sa complexité et sa profondeur.

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Vendredi tranquille – 135 jours, 131 albums

Aujourd’hui, je ne me sentais pas très bien. J’ai donc décidé de prendre la journée calmement, et de me relaxer avec du bon vieux hard bop. Mais avant de vous en parler, je vais commencer par les deux autres albums que j’ai écoutés cette semaine. Tout d’abord, un bon vieil album de Herbie Hancock m’a fait du bien et m’a changé les idées durant cette semaine un peu mouvementée. C’était « Mwandishi ».

Dès l’ouverture de « Ostinato (Suite for Angela) », c’est une trompette purement éthérée et directement tirée de « Bitches Brew » qui nous accueille dans cet album, étrange pour Hancock. Certes, l’artiste a fait beaucoup d’albums de jazz fusion, et il a également collaboré avec Miles Davis sur un bon nombre d’albums du même genre. Mais ici, c’est la première fois que j’entends un album d’Hancock avec un style aussi éthéré, et dont il est le leader. « You’ll Know When You Get There » est encore plus frappante, alors que le premier morceau (« Ostinato ») est également animé d’un esprit funk bien présent, signature du pianiste. Mais pour le reste, et aussi avec le dernier morceau « Wandering Spirit Song Priester », c’est définitivement une atmosphère mystique, envolée, électrique et lente qui se crée, sans compromis. Bref, un album parfait pour s’évader…

Je me suis par la suite laissé tenté par « Jazz from Hell » du très éclectique Frank Zappa.

Après « Hot Rats » et la révélation qui s’en suivit, je me suis dit qu’il fallait bien que j’explore davantage Zappa, ainsi que le jazz-rock qui vient du monde du rock (plutôt que seulement de celui du jazz). Pour la seconde partie, j’écouterai sous peu certains albums en ce sens, mais pour le premier, j’ai trouvé cet album. Expérimental, sons électroniques et générés par ordinateur, ambiance de jeux vidéos : voilà comme je définirais cette pièce d’art. La qualité du son fait penser à de vieux fichiers .midi, mais avec une plus grande complexité et une qualité un peu meilleure. Par contre, il ne s’agit pas pour autant d’électro, car la signature rythmique et les constructions sont différentes, mêlant vraiment, quoique de manière bien inhabituelle, les influences rock et jazz. Les sons sont aussi dissonants, mais mon oreille semble ne s’en être rendu compte qu’à la seconde écoute. Ce qui surprend le plus, c’est l’ambiance et l’énergie qui s’en dégagent. Je me revoie plongé dans un bon vieux jeu de SNES ou de Sega Genesis, mais de manière plus psychédélique et colorée, avec un rythme soutenu et une mélodie d’une complexité phénoménale. Les meilleurs moments sont définitivement « The Beltway Bandit », et surtout le déjanté « G-Spot Tornado » : http://www.youtube.com/watch?v=KW7YscUl3iY (Si vous êtes épileptique, ne regardez pas la vidéo…).

Enfin aujourd’hui, couché dans mon lit, la tête qui tournait et l’estomac incertain, j’ai calmé ma tête et mon coeur au son de « ‘Round About Midnight » de Miles Davis.

Le morceau éponyme est un indéniable classique du jazz, car il s’agit d’un des standards les plus réinterprétés. On m’a dit que de ne pas connaître ce morceau, c’est ne pas connaître le jazz. Et je dois dire que Davis, il sait comment s’y prendre pour nous faire découvrir le jazz, avec ce morceau qui joue entre la beauté du hard bop et la profondeur du blues. Dès l’ouverture ( http://www.youtube.com/watch?v=td3SE3zEVP0 ), on se sent pénétré de toute la puissance tranquille de cette musique. « Ah-Leu-Cha » poursuit ensuite avec une ambiance plus cool, qui fait un clash immense avec le premier morceau, mais « All of You » se réajuste avec merveille entre les deux ambiances. Ensuite, le reste de l’album reste sur cette lancée, et nous offre donc une bonne demie-heure de cool jazz en toute tranquillité.

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Déjà 5000 ! – 135 jours, 131 albums

Me voilà déjà, depuis le début de cette semaine, à plus de 5000 visites depuis l’ouverture de ce blogue. Il va s’en dire que j’en retire une petite fierté, surtout alors que je croyais que ce blogue ne serait vu que de quelques rares amis. Et pourtant, depuis quelques articles sur des morceaux importants ou intéressants à découvrir, 365jazz semble avoir acquis une certaine popularité inattendue. Cela n’est peut-être pas grand chose, mais il me fait tout de même bien chaud au coeur de savoir que j’ai pu aider quelques personnes à découvrir le jazz, à en parfaire leur connaissance ou à redécouvrir quelques classiques du genre. Je tenais donc, brièvement, à vous remercier, lecteurs, ainsi que votre appui, et vos quelques conseils sur des albums à découvrir et à inclure dans ce défi.

Bref, cette semaine, j’ai continué ma découverte du third stream avec 2 autres albums. Le premier en est un de George Russell : « Ezz-Thetics ».

Pour quelques points, l’album se situe davantage dans le port-bop que dans le third stream, quoique l’on peut entendre par moments l’influence classique de certains morceaux et de certaines constructions. Avec le morceau éponyme, par exemple, l’album s’ouvre avec de manière énergique, spontanée et affolante, avec plusieurs cuivres en choeur, mais les harmonies sont un peu dissonantes et impressionnistes. Avec « Nardis » ( http://www.youtube.com/watch?v=hp0ujSHvyiM ), on y va plutôt avec quelque chose de bleu et de mystérieux, mais avec une complexité étonnante. Et avec l’autre grand moment de l’album, « Lydiot », on est clairement dans le post-bop, avec un morceau qui est bien ancré dans le hard bop, mais avec une structure plus élastique et de nouvelles harmonies. Bref, il ne s’agissait pas autant d’un album de third stream que ceux de Jacques Loussier, par exemple, mais le raffinement et la classe qui se dégagent de l’album rappellent pourtant un peu ce sous-genre, même s’il demeure plutôt en retrait.

Parlant de Loussier, je n’ai pu résisté à la tentation d’en écouter tout de suite un second album : « Baroque Favorites: Jazz Improvisations ».

Cette fois-ci, le pianiste s’attaque à la réinterprétation jazzy de quelques morceaux classiques de l’époque baroque, avec un peu de Handel, de Marcello, de Scarlatti et de Pachelbel. Je vous mentirais si je vous disais que je connais bien ces compositeurs et leurs compositions, ou même que je suis familier avec eux. D’ailleurs, après ce défi, j’envisage peut-être de me lancer dans un autre défi semblable mais portant sur la musique classique. Toutefois, certaines oeuvres font partie de la culture populaire, et ce serait bien surprenant de ne pas reconnaître, ne serait-ce qu’un peu, le thème qui traverse les variations de la « Sarabande, suite No.11 » de Handel. Ce serait la même chose pour la stimulante réinterprétation du mythique Canon de Pachelbel ( http://www.youtube.com/watch?v=rozgjPlCC7U ). Aussi, je jugerais que je reconnais en partie le thème du « Concerto in D minor for Oboe » de Marcello, qui d’ailleurs est l’un des moments forts de l’album ( http://www.youtube.com/watch?v=1KVSGIHpvRM ). J’ai donc bien apprécié ces improvisations teintées de classicisme et de baroque, bien qu’elles n’ont pas été aussi poignantes que les variations sur l’Allegretto de la 7e symphonie. Toutefois, il est difficile de ne pas avoir de frissons à l’écoute de certains morceaux, comme « La sonnerie de Sainte-Geneviève du Mont à Paris » de Marais, surtout avec ses quelques jeux d’accord au piano qui rappellent Dave Brubeck et son « Take Five ». Avec ça, difficile de faire plus classe !

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Après le free jazz : le third stream – 141 jours, 136 albums

Pour ajouter encore un peu de free jazz dans mes oreilles, j’ai écouté le passionnant « Out to Lunch » d’Eric Dolphy.

Cette écoute m’a encore une fois été conseillée par un lecteur apparemment passionné par le free jazz et qui, jusqu’à maintenant, ne m’a encore donné de mauvais conseils, bien au contraire. Cet album, par exemple, en fut un excellent, au style bien particulier. À mi-chemin entre le free jazz déjanté de certains et le post-bop tourmenté de Mingus, Dolphy nous offre une expérience totalement nouvelle. Il prend la liberté et la créativité du premier style, tout en réinterprétant les images impressionnistes et mystérieuses du second. Par contre, contrairement à Mingus, l’atmosphère y est uniquement tordue et mystérieuse, avec des petites lumières qui scintillent sur les côtés (serait-ce l’effet du vibraphone ?), et non chargée d’un tourment perpétuel qui flirte avec la folie. Elle y est donc davantage rêveuse et un peu maligne, même si une certaine ombre semble flotter au-dessus des morceaux. Étrangement, d’ailleurs, on aurait pu croire que la complexité immense de l’écriture de Dolphy, et la liberté qui l’habite, auraient dû assombrir encore plus cette oeuvre. Et pourtant, il n’en est rien. Le résultat en est plutôt un album attrayant et enveloppant qui, bien que compréhensible et appréciable à la première écoute, ne fait que grandir écoute après écoute, de par son raffinement et son génie. Pour vous titiller un peu, prenez donc « Hat and Beard » : http://www.youtube.com/watch?v=7tnPkQufnZY .

Et aujourd’hui, j’ai décidé d’étendre mes recherches et mon exploration du jazz au third stream. Certes, j’en ai déjà écouté quelques albums, par-ci par-là, mais je n’avais pas encore pris le temps d’en recherche les artistes clés et phares, ainsi que les albums qui ont marqué ce style. Et j’ai décidé de débuter avec Jacques Loussier, et son « Beethoven: Allegretto from Symphony no. 7, Theme and Variations ».

Je sais que ce qui a fait la renommée de cet artiste, ce sont ses réinterprétations, à la sauce jazz, des grandes oeuvres de J.S. Bach. Mais voilà : c’est sur cet album que je suis tombé en premier. Son concept est assez simple : prendre le thème de l’allegretto de la 7e symphonie de Beethoven, et l’explorer sous 10 variations au ton jazzy (tout est dans le titre !). Loussier étant un pianiste, c’est donc le piano qui y est mis en vedette, accompagné simplement d’une basse et d’une batterie : le trio classique. Donc après nous avoir exposé le thème le plus sobrement possible, Loussier entame ses variations. La première est certes l’une de mes préférées qui, dès le départ, m’a donné bien des frissons : http://www.youtube.com/watch?v=LMExlZeCqHk . Même si vous n’êtes pas féru de musique classique, vous risquez de reconnaître l’air. La seconde variation, quant à elle, est plus calme et posée, apportant un aspect lyrique insoupçonné au thème. La troisième, par contre, s’ouvre sur le martèlement impérieux du piano et de la batterie, donnant une cadence bien marquée tout au long de la variation. Une autre qui fut digne d’intérêt : la septième, où le pianiste reprend le thème de la Sonate à la Lune et le mêle avec brio à celui de l’allegretto. Bref, c’est comme lire « Exercices de style » de Raymond Queneau : l’histoire demeure toujours la même, mais les images n’en demeurent pas moins nouvelles et différentes à chacune des pages. Et c’est toujours une surprise de redécouvrir cette histoire sous un autre jour, encore plus lumineux que le dernier…

Devant la passion qu’avait soulevée chez moi cet album, j’ai décidé de poursuivre avec « Lonely Woman » du Modern Jazz Quartet.

Il s’agit d’un autre album de third stream, fait par l’un des groupes les plus importants du genre. Celui-ci était composé, entre autres, du pianiste et compositeur John Lewis, aussi une figure importante du genre, ainsi que d’un vibraphoniste, d’un bassiste et d’un batteur. Par contre, l’album m’a davantage semblé tiré vers le cool que vers le third stream. Mais certes, les deux genres, par leur raffinement et même un peu par leurs constructions, peuvent se rapprocher. Les deux morceaux « Lonely Woman » et « Trieste », qui ouvre et ferme respectivement l’album, en sont le parfait exemple. Je vous laisse écouter le premier : http://www.youtube.com/watch?v=5OucWYBeBoo . Sinon, « Fugato » serait aussi digne de mention.

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Spécial free jazz ! – 144 jours, 139 albums

Face aux nombreuses recommandations de mes lectures et à mon intérêt grandissant pour le style, je me dois, ces temps-ci, d’écouter davantage d’albums de free jazz. Le premier d’entre eux est le surprenant « Ask the Ages » de Sonny Sharrock.

L’album s’ouvre de manière tout à fait stupéfiante. Dès les premières notes et le thème de « Promises Kept », je me suis dit que je ne m’attendais pas à ça : un air à la hard bop, mais avec une guitare électrique en sus. Cela donne une force presque rock pour ouvrir le morceau, mais tout en demeurant « classique ». C’est difficile à expliquer, donc disons simplement que ce passage m’a fasciné et fait d’entrée de jeu apprécier l’album et l’artiste. Ensuite, le morceau dégénère en pur free jazz et perd l’essentiel de sa structure, avant de la récupérer vers la fin. L’autre point fort de l’album est sans aucun doute « Who Does She Hope to Be » ( http://www.youtube.com/watch?v=jks0N05l4OY ). Ici, c’est encore plus présent : cet air vieilli et traditionnel à la bop/hard bop, mais traversé du jeu doux et posé de Sharrock. Il se dégage une force immense d’un instrument d’ordinaire aussi énergique et joué avec autant de délicatesse et d’âme, avec les cuivres qui murmurent un air de bistro des années 30. Aussi, j’apprécie bien que ce morceau soit beaucoup moins chaotique que beaucoup d’autres du style. Il y a, certes, un peu d’aisance et de liberté, mais juste assez, sans gâcher le thème nostalgique de Sanders qui le traverse en entier.

Sinon, j’ai aussi écouté « Dancing in Your Head » du grand et génial Ornette Coleman : album que j’ai un peu moins apprécié…

Il s’agit d’un album un peu étrange, et surtout, différent de ce à quoi je m’attendais maintenant de cet artiste. Il y a toujours cette énergie libertine et audacieuse qui habite les autres oeuvres de Coleman mais cette fois, elle est interprétée avec des percussions et des rythmes pour le moins inhabituels et tirés, pour ce que j’en ai lu, de la musique marocaine. Il en résulte un morceau plutôt exploratoire qui s’étend sur près de 27 minutes : « Theme From A Symphony (Variation One and Two) ». Les premières minutes sont intéressantes et intrigantes, et disons que les suivantes le sont (beaucoup) moins… Sinon, il y a également « Midnight Sunrise », qui joue davantage avec des instruments qui rappellent la culture arabe et les cuivres, et qui n’est pas plus passionnante. Je ne vous recommande donc pas cet album.

Comme « Ask the Ages », on m’a aussi recommandé d’explorer un pianiste du free jazz : Andrew Hill. Je me suis donc procuré son principal album : « Point of Departure ».

Ce fut un album plutôt plaisant, mais qui mériterait une seconde écoute. Je commence, bien sûr, à me faire une oreille pour le style, mais il me serait encore difficile de caractériser précisément cet album. J’ai remarqué un style et une âme différents des autres artistes que j’ai écoutés, mais je ne saurais trop dire pourquoi. Il semble, peut-être, y avoir une délicatesse de plus et une approche plus posé de la liberté que confère le free jazz. C’est tout aussi audacieux et libre, mais beaucoup moins chaotique que chez d’autres. Donc, sans pouvoir vous en dire davantage, je dirais qu’il peut s’agir d’un bon point de départ pour découvrir, sans trop de heurts, ce style si complexe, surprenant et difficile.

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Pour encore un peu de Coltrane, de Coleman, et même du Zappa – 148 jours, 142 albums

À la suite de « Soultrane », il y avait un autre album de John Coltrane que je désirais écouter : « Lush Life ».

Je dois dire que j’ai préféré de loin celui-ci à l’autre. Il m’a semblé plus calme, plus posé et peut-être aussi plus mature, même si, en réalité, les deux ont été produits à peu près en même temps. Pourtant, je préfère le hard bop contenu dans « Lush Life ». Je ne sais pas, peut-être est-il plus séduisant ? Plus bleu aussi… Le lyrisme qui ouvre le morceau éponyme en est un très bon exemple. Et ensuite, le reste semble coulé tout seul et naturellement : http://www.youtube.com/watch?v=6Y68dohaqRo . C’est un peu la même chose avec « Like Someone to Love », et même tout le reste de l’album, bien qu’à différents niveaux. Bref, il ne s’agit pas d’un simple bon album de hard bop parmi tant d’autres mais, sans être extraordinaire, il s’agit plutôt d’un bon album parmi les bons.

Mais cette semaine, ma plus grande révélation fut Frank Zappa. Je connaissais déjà l’artiste et son psychédélisme légendaire. Cependant, je n’aurais jamais cru qu’un être aussi déjanté puisse être associé au jazz. Et pourtant, l’album « Hot Rats » m’a détrompé.

Je vous entends déjà : « Hot Rats ? Ce classique du rock et des sixties serait du jazz ? ». Certes, vous n’y entendrez ni le raffinement de Goodman, ni la classe de Coltrane ou de Davis. Mais sinon, oui, il s’agit bien de jazz, d’un type bien particulier de jazz : le jazz-rock. En fait, il s’agit même d’une des pièces maîtresses de ce style : l’un des rares albums de jazz-rock faits par un artiste venant du monde du rock plutôt que de celui du jazz. L’album s’ouvre avec l’un des morceaux que je trouve les épiques au monde : « Peaches En Regalia » ( http://www.youtube.com/watch?v=pKlAIhuXRLE ). Il s’agit d’une véritable symphonie psychédélique où on a l’impression qu’une trentaine de différents instruments et d’atmosphères se succèdent, pour créer une ambiance enveloppante, pénétrante et sublime. Mon seul regret ? Que le morceau soit si court ! Heureusement, Zappa reprend le même thème avec « Son of Mr Green Genes » où là, avec certes moins de férocité, mais encore plus d’audace et de génie, il l’explore sur près de 9 minutes. Et je ne peux naturellement vous faire écouter le premier sans vous faire écouter le second : http://www.youtube.com/watch?v=D7VAOuIePVo . Sinon, l’album explore également certains aspects du blues, avec le sale et terreux « Willie The Pimp » et avec l’atmosphère plus Louisiane et Mardi Gras de « The Gumbo Variations ». Enfin, je ne peux passer à côté de « Little Umbrellas », un autre de mes coups de coeur. Avec son style plus décontracté, posé et raffiné, il offre un répit bien mérité au milieu d’un album aussi chargé en énergie et en virtuosité.

Et pour demeurer dans l’audace et le génie, histoire de me tenir encore loin des sentiers battus, un bon Ornette Coleman était de mise. Ce fut « This Is Our Music ».

Je réécoute encore souvent « The Shape of Jazz to Come », en particulier « Lonely Woman ». Ils m’ont tous les deux marqué l’esprit au fer rouge. Un second album de l’artiste s’imposait donc de lui-même, enfin de satisfaire ma curiosité et ma soif pour ces constructions étranges, nouvelles, mais tellement stimulantes. Il y a quelque chose que se passe en vous à l’écoute d’un album comme « This Is Our Music ». Une plénitude se dégage de chaque note qu’on réussit à saisir, de chaque morceau qu’on réussit à comprendre et à apprécier. Que ce soit l’énergie et la rapidité exprimées dans « Blues Connotation » ( http://www.youtube.com/watch?v=gIhca6mZuAk ) ou au contraire la fébrilité électrique qui habite chacune des notes posées et calmes de « Beauty Is a Rare Thing » ( , ces choses, lorsqu’elles sont saisies par l’auditeur averti, apportent à ce dernier une satisfaction et une beauté insoupçonnées. Au début de ce défi, j’avais de la difficulté à comprendre l’engouement et la passion des amateurs de free jazz. En effet, comment quelque chose d’aussi hermétique et d’étouffant pour un néophyte pouvait faire vivre des sensations aussi exaltantes ? Maintenant, je commence à mieux comprendre. Il y a, justement, dans cette complexité et cette discorde instrumentales quelque chose qui semble dépasser la musique elle-même. J’ai désormais l’impression que d’écouter du free jazz, c’est aller au-delà du jazz, au-delà des harmonies et des conventions qui forment la musique : c’est, parfois, sublimer le son lui-même, et ainsi atteindre quelque chose de complètement nouveau, étranger à tout le reste, mais pourtant si fondamental que cela semble tellement familier, en fin de compte. Je m’emporte un peu, mais cet album m’a fait vivre une expérience semblable. Je vous conseille donc fortement et l’artiste, et l’album. Et si vous n’avez pas encore l’oreille pour ce genre de musique, je vous garantie personnellement que cela en vaut amplement la peine. Pour le reste, à vous de voir…

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Discipline et sorties – 152 jours, 145 albums

Je commence à trouver un peu difficile de maintenir ce train de vie. Depuis près d’un mois, vous aurez remarqué que ma discipline par rapport à ce blogue s’est un peu détériorée. La raison en est qu’un, voire plusieurs de mes amis ont décidé de me faire profiter de l’été. Il s’en suit donc des sorties aux petites heures du matin et des fins de semaine chargées en festival et autres activités locales. Doublée de mon emploi, cette situation (néanmoins fort agréable et appréciable) me laisse beaucoup moins de temps pour poursuivre et entretenir ce défi, ainsi que pour avoir un nombre raisonnable d’heures de sommeil par nuit. Mais bon ! Un défi n’en est pas un sans défi; ce va de soi ! Je devrais donc mieux organiser mon temps et, surtout, redoubler de disciple dans le domaine.

Malgré tout cela, j’ai quand trouver du temps, depuis mon dernier article, pour écouter quelques albums de plus. L’un d’eux est le « Agharta », un autre des classiques que Miles Davis nous a légués.

Il s’agit en fait d’un album live, enregistré au Japon au cours d’un après-midi. Il a également un petit frère, « Pangaea », enregistré, lui, le soir même. Et justement, cet album long d’une heure et demie est fort de cette énergie spontanée et vivante. Il agence et marie de manière électrisante (inévitablement) le fusion, le rock et le funk. Bien qu’il s’agisse indéniablement de jazz, Davis nous plonge néanmoins en terrain jusqu’alors totalement inconnu, avec ses longues improvisations et celles de ses collègues, et avec cet air chargé d’électricité, parfois même jusqu’au point d’être palpable. Au delà de cette audace et de cette férocité, toutefois, aucun morceau ni moment de l’album ne m’a accroché en particulier. Bref, on vit un peu la même expérience qu’à l’écoute de « Bitches Brew » et de « Live-Evil », mais peut-être de manière un peu moins accompli, avec quelques moments forts en moins. Cela dit, ce fut, ne serait-ce que par son style, un album stimulant et intéressant à écouter. Et cette fois-ci, au lieu d’un extrait, car aucun moment ne m’a paru plus valable qu’un autre, je vous offre ce lieu, où vous pourrez, à votre guise, soit écouter l’album en entier, ou les extraits que vous désirez : http://www.youtube.com/watch?v=h3HH5M-hZ-A .

En plus de Miles Davis, je m’ennuyais aussi d’un bon Chick Corea. « Eye of the Beholder » fut mon choix.

Il s’agit d’un autre excellent album de l’artiste. Avec son Elektric Band, il nous offre cette fois un album beaucoup plus complexe, mature et appréciable que « Light Years », que j’ai écouté plus tôt dans ce défi. Il s’agit toujours d’un album de fusion, mais cette fois-ci il se rapproche davantage d’albums comme « My Spanish Heart », par exemple. D’ailleurs, on sent encore une fois les influences latines qui flottent tout au long de l’album sur les rythmes et le jeu de la guitare acoustique, comme dans « Eternal Child ». D’autres moments forts seraient l’énergisant « Trance Dance » avec ses influences rocks bien présentes, et aussi « Eye of the Beholder » et « Ezinda », que j’ai trouvé très touchant par sa délicatesse (malgré le style) : http://www.youtube.com/watch?v=mxpeDEwUD-Q . Bref, il s’agit d’un autre des chefs-d’oeuvre du légendaire pianiste.

En ce début de semaine, j’avais aussi le goût d’un rythme un peu plus exotique. Je me suis donc arrêté sur « Shakti », l’album éponyme du groupe, et son premier.

Avec les instruments, les percussions et les rythmes, c’est à s’y méprendre : on dirait, pour un profane, de la plus pure musique indienne. Pourtant, la structure est purement celle du jazz. Certes, les deux genres improvisent et, ici, avec les mêmes instruments. Mais pour l’auditeur averti, il subsiste une différence. L’ai-je, moi-même, remarquée ? Peut-être pas tellement… Par contre, je sens qu’il y a dans cet album quelque chose de différent, une énergie et une logique différente à celles que j’ai retrouvées dans « The Sounds of India ». Je sens également une ressemblance au reste de l’oeuvre de John McLaughlin, fondateur du groupe. Mais je ne saurais malheureusement vous en dire davantage. Ça, et que la virtuosité et la persévérance des artistes qui jouent sur cet album sont exemplaires. Pour illustrer mon propos, voici « Joy » : http://www.youtube.com/watch?v=52mEGU5sPgA . La longue improvisation de « What Need Have I For This/What Need Have I For That/I am Dancing » est aussi assez impressionnante.

Il y avait un autre artiste que je n’avais pas écouté depuis un moment : John Coltrane. J’ai donc écouté son « Soultrane ».

Il s’agit d’un autre album de hard bop bien agréable, qui malheureusement se mêle à tant d’autres… La seule chose que j’ai trouvée intéressante sur cette album, c’est la technique d’improvisation propre à Coltrane et son exploration tout au long de l’album. Dans ses moments les plus intenses, on a l’impression que chacune des notes de Coltrane tisse rapidement un voile devant les musiciens, non pas comme si cela les rendait plus mystère, mais plutôt comme si le saxophoniste créait une oeuvre d’art concrète et tangible; comme s’il peignait une toile ou s’il formait rapidement une mosaïque devant lui et devant ses auditeurs. Sinon, le lyrique « Theme for Ernie » est le morceau qui m’a le plus touché, par sa lenteur et sa délicatesse : http://www.youtube.com/watch?v=suKEcSG-OqE . « Russian Lullaby » en vaut aussi bien le détour…

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Et pour accompagner le reste de mes vacances… – 155 jours, 148 albums

Pour le reste de mes vacances, j’ai, naturellement, accompagné mes virées entre amis dans les bars, les terrasses, les restos et les festivals gastronomiques de quelques albums de jazz. D’ailleurs, les Fêtes Gourmandes Internationales de Laval furent une expérience des plus mémorables. Et sur les 3 albums écoutés, ils furent tous bien satisfaisants. Débutons par « Ptah the El Daoud » d’Alice Coltrane.

Un de mes lecteurs m’a conseillé de me plonger dans cette artiste, afin de mieux comprendre et apprécier le jazz dans son entièreté. Et son conseil n’en était pas un mauvais. Dès les premières notes du morceau éponyme, on se retrouve déjà plongé dans une atmosphère bien particulière et difficile à décrire (Pour la première partie : http://www.youtube.com/watch?v=CxYjG4a41j4 . La seconde partie est incluse dans le lien). On sent un peu de fumée et de mysticisme flotter sur les notes de la basse et du piano, mais ce mince voile semble à la fois être pénétré par une profondeur immense. Malgré ces coins sombres ou apparemment insondables du morceau, on sent pourtant une douceur et un ordre bien établi et rassurant poindre au-dessus des structures apparentes de jazz d’avant-garde et de post-bop. Voilà, l’album est lancé ! Ensuite vient un puissant et doucereux solo de piano par Coltrane elle-même, sous « Turiya and Ramakrishna ». Avec « Blue Nile », c’est plutôt derrière sa harpe qu’elle s’installe, pour créer, avec les flûtes de Sanders et d’Henderson, une ambiance rêveuse, sublime et méditative. Enfin, « Mantra » termine l’album avec des airs plus sombres et chaotiques, mais qui semblent agir comme une sorte de catharsis, afin de couronner ce voyage initiatique, et de nous permettre de retrouver, à la toute fin, le monde réel.

Ensuite, ce fut l’album « Standard Time, Vol. 1 » de Wynton Marsalis : un album des plus plaisants et surprenants.

Il s’agit d’un album un peu plus récent, datant de 1987, qui reprend plusieurs standards du jazz et les réinvente à la sauce néo-bop. Le néo-bop, vous dites ? D’après ce que j’en ai compris, il s’agit d’un Bop réinventé et plus actuel, mais qui en reprend néanmoins, en gros, la structure et, surtout, l’essence. Mêlés aussi à un peu de Post-bop, ces indémodables classiques tels que « Caravan » (en voici une version live : http://www.youtube.com/watch?v=AbObRtj_alM ), « April In Paris », « Cherokee » et « Autumn Leaves » sonnent jeunes et revigorés. Ils semblent également habités d’un certain raffinement, et d’une petite réminiscence blues tirée du hard bop qui semble demeuré dans l’inconscient de l’artiste. Bref, il s’agit d’un album bien appréciable, et qui est étonnement abordable.

Enfin, je trouvais que je méritais encore un peu de piano. Je me suis donc permis d’écouter « Concert By the Sea » d’Erroll Garner.

Il s’agit d’un album de pur bop qui met en vedette ce pianiste légendaire (bien qu’ils semblent l’être tous !) simplement en compagnie d’un batteur et d’un bassiste. Bien qu’il s’agisse d’un album de bop, les structures sont déjà plus élastiques que chez Art Tatum, par exemple. L’improvisation et l’innovation semblent y avoir y place plus importante, donnant ainsi une texture presqu’infinie au jeu de Garner. Écoutez « I’ll Remember April » pour un exemple : http://www.youtube.com/watch?v=OfQvMpihfak . On sent qu’il y a quelque chose de bouillant, en pleine gestation; et cela semble être l’essence même du jazz. Je n’en dirai pas davantage…

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Vacances, Québec et jazz : Part 2 – 159 jours, 149 albums

Ah ! Après une bonne semaine de vacances et des heures de sommeil rattrapées, il est grand temps de se remettre au travail… Bien sûr, cela compte pour mon emploi, mais également pour ce blogue et ce défi, tous les deux délaissés depuis quelques temps.

J’en étais donc arrivé à Québec. Le soir même, après que j’aie insisté quelque peu, nous avons assisté au Moulin-à-Images, qui relate l’histoire de la capitale nationale grâce à une projection gigantesque, maintenant en 3D !, sur de vieux silos abandonnés. Nous avons ensuite poursuivi la soirée à la Barberie, une microbrasserie où se brassent bien des bières expérimentales : tant des excellentes que des très mauvaises. La meilleure ? Une bière cuivrée au thé : un réel délice pour les yeux, le nez et la bouche, sans compter qu’il s’agit d’un bijou d’ingéniosité brassicole. Bref, après une soirée bien arrosée qui s’est terminée à l’appartement de mon ami, j’ai pu prendre une nuit de sommeil bien méritée…

… Qui s’est terminée, elle, bien trop tôt ! Le lendemain matin, c’est donc en me déplaçant à travers Québec, pour déjeuner puis pour visiter la microbrasserie Archibald, que j’ai écouté « The Jazz Messengers » d’Art Blakey.

Il s’agit de la première version du groupe, composée de figure mythique, mais dont j’ai encore rarement eu l’occasion de croisé. Je parle d’Art Blakey à la batterie (que je connais bien, vous le savez), du grand Donald Byrd à la trompette, du séduisant Hank Mobley au saxophone ténor, de l’éternel Horace Silver au piano et de Doug Watkins à la contre-basse. Cet album est un autre des nombreux classiques du hard bop, mais avec son style jeune et ses musiciens de marque au son plus primaire, il remet en ma mémoire les débuts du jazz. Peut-être est-ce par ses longs passages blues et émotifs comme dans « Nica’s Dream » ( http://www.youtube.com/watch?v=qLAbozQz4T0 ), peut-être par certains passages moins arrondis et polis, mais bref : il y a quelque chose de classique, de figer et d’éternel dans cet album. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’il s’agit d’un incontournable, mais disons qu’il s’agit indéniablement d’un bon choix.

Une fois cet album terminé, et après un barbecue entre amis toujours bien arrosé, mon ami et moi avons repris la route pour nous rendre chez un autre ami et sa copine qui venaient d’emménager dans leur toute nouvelle maison. Et pour la route, et lendemain à mon départ de Québec, je me suis dit qu’il me fallait un peu de piano. J’ai donc mis « Piano Starts Here » d’Art Tatum, une sommité en ce qui a trait à cet instrument.

Il nous offre une sélection de 13 solos, tous plus appréciables les uns que les autres. Seule chose regrettable : l’enregistrement n’est pas de la meilleure qualité. Mais bon, certaines prises datent quand même de 1949 ! Cependant, la pureté du son de cet instrument, si cher à mon coeur, fait rapidement oublier ce détail gênant. Au son d’indémodables classiques tels que « How High The Moon », « The Man I Love » et « St. Louis Blues », et devant la virtuosité démontrée dans « Tiger Rag » ( http://www.youtube.com/watch?v=CaPeks0H3_s ), on ne peut que sourire. Mais rappelez-vous qu’il s’agit bien de solos, donc si vous n’appréciez pas entièrement cet instrument, vous pouvez toujours passer par dessus.

Enfin, c’est avec un album que j’ai bien fait de laisser de côté aussi longtemps avant d’écouter, car il est de ceux qu’il faut laisser mûrir pour bien l’apprécier. Et je pourrais dire la même chose de l’artiste : le légendaire Louis Armstrong. Je parle du classique « Louis Armstrong Plays W.C. Handy ».

Le dernier album que j’ai écouté de ce fameux trompettiste date de plusieurs mois, et j’en avais été raisonnablement déçu, à l’exception de 1 ou 2 perles. Mais ici, l’étonnement et l’admiration sont complets : il s’agit sans l’ombre d’un doute d’un incontournable de l’univers entier du jazz. On y voit tout le talent du trompettiste et du chanteur s’y exprimer avec verve, émotion et des notes bien senties de blues. Son interprétation, avec Velma Middleton, de « St. Louis Blues » est également, à la fois, un incontournable, une pierre de voûte et un classique qui donne, en près de 9 minutes, toutes ses lettres de noblesse au jazz et au morceau lui-même : http://www.youtube.com/watch?v=D2TUlUwa3_o . Et pour les autres morceaux qui rendent hommage à W.C. Handy, il est impératif que vous les découvriez par vous-mêmes…

Et voilà, après ces quelques albums, et des arrêts à Trois-Rivières, Shawinigan et Chambly alors que nous chassions les microbrasseries et faisons de nouvelles rencontres (surtout pour ma part), nous étions revenus à Prévost, notre petit patelin natal. Je vous reviens donc, cette fois je vous le promet, sous peu avec les 3 autres albums que j’ai écoutés durant mes vacances.

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