Archives de octobre 2011

Walkin’, Cookin’, Relaxin’, Workin’ and Steamin’ – 70 jours, 55 albums

Voyez-vous : j’ai encore quelques albums de Miles Davis qui traînent. Parmi eux, j’ai ceux d’une série mémorable de 4 albums qui rassemblent les performances légendaires de 2 rencontres en studio de quelques uns des plus grands musiciens du monde du jazz. Et dans la même trame, il y a « Walkin' » qui les précède.

Cet album est séparé des 4 autres. Mais il les rejoint inévitablement, ne serait-ce que par son titre. Aussi, il s’agit d’un album bien appréciable qui rassemble quelques morceaux aux accent de bop et de hard bop dans leur plus pure tradition. Ainsi, il n’y a malheureusement pas grand chose à dire de cet album, si ce n’est qu’il offre une bonne vue sur le jazz et sa période bop-hard bop. Il ne m’a semblé ni audacieux, ni original; mais aussi il ne m’a semblé ni simple, ni ennuyant. En fait, « Walkin' » est tout simplement un bon album de jazz, sans plus. Et ses meilleurs moments sont « Walkin' » (le morceau éponyme), et « You Don’t Know What Love Is ». De plus, il ferait, comme les 4 prochains albums desquels je parlerai, une excellente introduction au monde du jazz.

Ensuite, pour les 4 prochains albums, il serait de circonstance de donner quelques explications sur leur origine. Car il pourrait être important pour vous, lecteurs, de savoir qu’il s’agit de 4 albums issus de seulement 2 rencontres entre les jazzmen les plus influences de leur ère et du hard bop. En fait, ils forgèrent presqu’à eux seuls le genre ! Il s’agit tout d’abord de Miles Davis à la trompette, et aussi de John Coltrane au saxophone, accompagnés de Red Garland au piano, de Paul Chambers à la contre-basse et de Philly Joe Jones à la batterie. Et à travers ces deux séances, ils semblent former le quintet parfait, par leur synergie et leur talent. Ainsi, ces 4 albums forment la base, solide, de la discographie de Miles Davis. Et comme je l’ai dis précédemment, ils peuvent être une excellente introduction au jazz et à son sous-genre le plus important : le hard bop.

En fait, il s’agit à peine de 4 albums différents, tellement leur signature et leur ambiance est la même. Ils communiquent tous cette même énergie, cette même pureté du jazz et de son époque classique. Ils ne semblent alors se distinguer que par leurs morceaux…

Le premier de ceux albums à être parus est « Cookin' »

Sur cet album, je vous conseille de regarder plus attentivement le classique « Airegin », mais surtout « Tune Up/When Lights Are Low ». Les musiciens y ont une complicité et y transmettent une énergie qui m’ont semblé bien remarquable.

Le second est « Relaxin' ».

Sur celui-ci, ce fut « If I Were a bell » qui m’a particulièrement marqué. En prenant un thème que tous peuvent facilement reconnaître et qui ne consiste qu’en seulement 4 notes, Davis improvise et les retourne dans tous les sens afin d’en tirer le maximum de leurs possibilités et de leur originalité. Le résultat en est vraiment impressionnant et m’a permis de mieux comprendre comment les solos et les improvisations, si importants dans le monde du jazz, fonctionnaient. J’aurais bien aimé connaître, et comprendre, ce morceau au début de ce défi. Cela m’aurait été bien utile ! Sinon, la réinterprétation de « Oleo » est également bien charmante.

Le troisième est « Workin' ».

Ce fut définitivement mon préféré des 4. Il s’ouvre avec « It Never Entered My Mind », qui est majestueux et tendre à la fois. C’est l’un de ces morceaux qui vous font rêver et qui vous transportent tranquillement, comme sur un nuage. Et à l’écouter, on croirait que seul ce quintet peut transmettre, de cette manière, la même émotion, la même intensité et, en même temps, la même délicatesse, à travers un morceau. Sinon, « In Your Own Sweet Way » vaut également quelques minutes de votre temps. Aussi, le reste l’album m’a semblé tout simplement meilleur que les 3 autres, sans, pourtant, que je puisse dire davantage pourquoi.

Enfin, le quatrième est « Steamin' ».

Celui-ci, par contre, m’a semblé être le moins impressionnant des 4. Peut-être est-ce simplement parce qu’il s’agit du dernier, mais il semblait avoir moins d’énergie. Il manquait d’originalité et de vigueur. Cela dit, c’est à l’exception de « Salt Peanuts », qui est vigoureux et énergique, même presque anarchique par moments ! Même le reste, malheureusement, m’a semblé manquer d’intérêt…

Publicités

Poster un commentaire

Le jazz standard – 71 jours, 60 albums

Le jazz n’a pas toujours besoin d’être spectaculaire et audacieux. Parfois, il lui suffit d’être simple pour être quand même apprécier. Le premier exemple est « Friends » de Chick Corea.

Cela pourrait sembler être une critique, de dire que cet album est sans éclat. Mais là, ce dont j’avais besoin, c’était tout simplement un petit album qui s’écoute sans trop d’effort. Eh quoi ! On ne peut pas réinviter la roue à tous les jours ! Et moi, je ne peux écouter des albums extravagants et exigeants à tous les jours. Il me faut, quelques fois, des moments de tranquillité et de paix. C’est pourquoi cet album fut bien apprécié, offrant du hard bop un peu étiré (vers le post-bop) et flexible, mais sans plus. Cela dit, l’énergie et l’originalité (modeste) de « Samba Song » furent fort agréables.

De la même manière, il peut parfois être intéressant de se ressourcer, et de se replonger dans les classiques. Heureusement, pour faire cela, un ami m’a prêté un album tout désigné : « Setting The Standard » de Donato & Gelfand.

Le principe est simple : un musicien s’assoie derrière le piano, l’autre derrière la contre-basse, et ils se mettent à jouer, le plus sobrement du monde, les grands standards du jazz. Donc, aucune surprise, ni aucune déception : tout simplement du jazz. J’y ai retrouvé « Cherokee », « Oleo », Georgia (on my mind) », « Yesterday » des Beatles, « Autumn Leaves » et bien d’autres. Par contre, je fus surpris par mon incapacité à les reconnaître, à l’exception de 2 ou 3 titres, dont « Take The « A » Train » et « Someday My Prince Will Come ». Le reste, pour la plupart, ne m’a à peu près rien évoqué, ou à peine, alors que pour quelques rares, l’air me semblait vaguement familier. Mais bon, cela n’est peut-être que le signe que je dois changer les haut-parleurs de ma voiture… Mais bref, l’album demeure très pertinent dans l’apprentissage du jazz, alors qu’il permet de redécouvrir (ou tout bonnement de découvrir) les compositions qui ont marqué et bâtissent encore le jazz.

Poster un commentaire

Un peu de jazz et d’intimité – 73 jours, 60 albums

Ce fut une autre semaine bien chargée, mais aussi une de celles dont on se souvient toute une vie ! Car, dans ma vie, je n’ai pas que ce défi à relever. J’en ai aussi d’autres, d’une toute autre nature, mais qui s’amuse tout autant à jouer avec mes émotions, à les retourner, avec mon coeur, en tout sens ! Et avec quelques problèmes professionnels d’un côté et quelques dilemmes moraux touchant à des affaires sentimentales de l’autre, il peut parfois être difficile de garder le cap et l’attention nécessaire à la bonne tenue de tous ces défis. Mais, en même temps, c’est précisément dans ces moments qu’il faut prendre le temps de s’arrêter quelques instants, de respirer un peu, et de se recentrer sur soi-même afin de mieux repartir, et de plus bel ! Et parfois, l’intimité d’un bon album de jazz peut devenir, dans ce contexte, capital à ma survie et à mon équilibre mental. C’est pourquoi, la semaine dernière, j’ai écouté « Black Codes » de Wynton Marsalis.

Bon, cet album n’est peut-être pas la définition même d’intimité, ni même de calme… Il s’agit en fait du néo-bop de Marsalis à son meilleur. Il s’agit donc plutôt d’un album énergique, mais avec un vent de fraîcheur et de franchise que j’adore. En écoutant cet artiste, j’ai parfois l’impression de découvrir ou de redécouvrir l’âme même du jazz, dans son essence la plus pure et la plus vraie. J’ai aussi l’impression qu’aucun autre artiste n’est mieux placé, par son style, son esprit et son accessibilité, pour former son oreille au jazz, lorsque l’on est encore un jeune néophyte. Mais ne me méprenez pas ! Il offre également des délices innommables lorsque l’on est un auditeur plus aguerri. Vous n’avez qu’à écouter « For Wee Folks » pour vous en convaincre : http://www.youtube.com/watch?v=Sn3_u4Zsu1s . Et si vous vous sentez tenté, vous pouvez toujours poursuivre avec « Chambers of Train » ou le morceau éponyme, pour un peu plus de plaisir…

Par contre, ensuite, j’avais vraiment besoin d’une ambiance intime et calme. Et c’est avec Oliver Jones et son album double « Just In Time » que je l’ai trouvé.

J’en fus d’ailleurs très surpris, car j’avais d’abord mêlé cet artiste avec Quincy Jones. Quelle ne fut donc pas ma surprise lorsque l’album s’est ouvert sur des petits airs intimes joués au piano, avec la simple aide d’une batterie et d’une contre-basse ! Naturellement, j’en fus charmé. De plus, avec ses deux disques, l’album dure plus de deux heures. Oui, deux pleines heures de piano joué avec fougue, tendresse et rythme. Une véritable kyrielle de morceaux tous plus touchants et poignants les uns que les autres. Mais le plus divin fut, sans aucun doute, « Lover Man », dès le second morceau du premier disque. On croirait y entendre du Debussy, avec un petit air de jazz en sus. Cela n’était pas sans me rappeler Gershwin et ses éclats, mais ici de manière plus modeste et réservé. L’intimité de Jones est d’ailleurs remarquable, alors qu’il réussit à nous faire visiter son coeur de la manière la plus franche mais aussi la plus galante possible. Et, par la même occasion, il nous oblige à nous plonger dans le nôtre, où nos émotions dansent au rythme cristallin de ses notes de piano…

Et comme Wynton Marsalis m’avait déjà si bellement conquis à deux reprises, je me suis dit que de poursuivre avec « Standard Time, Vol. 2; Intimacy Calling » ne pouvait être qu’une valeur sûre.

Et, bien entendu, Marsalis fut bien à la hauteur de mes attentes. Cette fois, par contre, au lieu de poursuivre avec sa verve et son énergie habituelle, il nous offre plutôt une ambiance, vous l’aurez deviné, plus intime, plus calme, mais tout aussi sophistiquée. Il reprend tous ces standards qui nous parlent d’amour et de passion depuis des lustres. Parmi les plus marquants, vous aurez bien sûr « You Don’t Know What Love Is », « I’ll Remember April », « What Is This Thing Called Love » et « Yesterdays », pour ne nommer que les meilleurs. Bien sûr, le tout est repris avec la fraîcheur du néo-bop que j’apprécie tant…

Poster un commentaire

En route vers l’apogée – 73 jours, 60 albums

J’ai écrit l’article hier mais faute de temps, le voici aujourd’hui !

Le 300e album de ce défi a enfin été écouté. Alors qu’il approchait, je me disais qu’il fallait qu’il soit un album puissant, percutant, rempli de sens et de splendeur. Il devait rendre l’expérience mémorable et son histoire devait avoir quelque chose d’épique. Car, ce n’est pas tous les jours que l’on se rend à 300 albums de jazz écoutés en moins de 300 jours !

Mais devant ces exigences, bien des albums se tenaient cois, alors que d’autres pouvaient se vanter, malheureusement, d’avoir déjà été écoutés… Un seul artiste, pourtant, semblait se distinguer de la masse, se tenant debout fièrement, et avec une majesté qui lui est toujours naturelle. Il soufflait à mon oreille 3 petits mots, qui semblaient contenir, à eux seuls, tout l’héritage du jazz et de la musique populaire. Ils avaient réussi à unir la musique du peuple à celle des grands. Ils avaient osé présenter la vie de ceux qu’on appelait alors des nègres. Ils avaient, depuis près d’un siècle, inspiré des artistes de tous les horizons. Oui, du haut de son œuvre impérissable et universelle, George Gershwin me soufflait les mots : « Porgy and Bess »…

Aux dires de plusieurs, il s’agit de sa plus grande œuvre, et de sa plus accomplie : un opéra folk, le premier du genre. En trois actes, durant tout près de 3 heures, avec des morceaux qui ont été repris un nombre incalculable de fois et qui ont influencé le jazz jusque dans ses racines les plus profondes, il s’agissait, selon moi, de la manière la plus appropriée de franchir le cap, en apparence si inaccessible, des 300 albums écoutés. Et je n’en fus pas déçu !

Je tiens à mentionner qu’il s’agissait également de mon premier opéra. Il va donc s’en dire que j’en avais quelques appréhensions ! J’ai donc fermé la porte, j’ai mis le premier disque sur ma table tournante, j’ai déposé l’aiguille qui a émis un léger crépitement, je me suis assis confortablement pour les 3 prochaines heures, et j’ai pris entre mes mains le cahier du coffret qui contenait toutes les paroles de l’opéra. Je voulais qu’aucun mot ni moment de l’histoire ne m’échappe. Et ce ne fut pas le cas ! Mais je suis demeuré néanmoins surpris de voir que chacun d’entre eux, à l’exception de ceux des policiers et du détective, étaient chantés. C’étaient comme une comédie musicale, mais avec les moments musicaux imbriqués les uns dans les autres et étendus sur 3 heures. À certains moments, cela était majestueux. Mais cela m’a semblé un peu étrange pour d’autres passages qui s’y prêtaient moins.

Cela dit, je me suis délecté de découvrir les classiques de Gershwin dans leur version pure, avec les arrangements orchestraux, le petit rythme jazz et une pincée de folk à quelques occasions. Ce fut un délice de redécouvrir, sans fard mais avec un éclat neuf et simple, l’indémodable « It Ain’t Necessarily So », le percutant et mystique « O, Doctor Jesus » et l’universel et splendide « Summertime ». Mais le passage qui est venu me chercher directement au cœur, encore plus que les autres, c’est celui de « I Got Plenty O’Nuttin’ », avec sa candeur, sa simplicité, sa poésie si délicate mais si accessible à la fois. À l’écouter, j’avais l’impression de l’avoir toujours connu, de l’avoir toujours eu dans mon cœur, caché quelque part.

J’ai donc adoré cette nouvelle expérience, bien que de passer 3 heures à tenir un livret beaucoup trop grand pour en lire les paroles fut un peu long vers la fin. Mais en même temps, c’était un peu comme écouter un film, avec les scènes qui défilaient dans ma tête, et avec ses moments joyeux et ses moments dramatiques. C’était comme regardé un album de musique, mais aussi comme écouter une pièce de théâtre. Bref, c’était bien choisi comme 300e album…

Poster un commentaire

Et les 4 derniers avant… – 82 jours, 66 albums

Et voici les quatre derniers albums que j’ai écoutés, les derniers de la seconde centaine, ceux qui m’ont mené vers le fatidique 300e album. Le premier fut « Song For Anyone » de Chris Potter.

Ici, Potter m’a franchement surpris. Je me souvenais du mythique « Train », avec son rythme lourd et funky, avec ses solos interminables, et avec son énergie infinie. Mais sur « Song For Anyone », l’artiste dérive davantage vers le third stream, alors que des violons, des bois et des arrangements complexes s’emparent doucement de la scène, aidés d’un saxophone joué à la perfection. La contre-basse aussi y occupe une place de premier choix, se faisant remarquer sans peine à tous les tournants. Et oui, la justesse des musiciens et des compositions qui se fait sentir dès le départ de l’album dure jusqu’à la fin. Certains morceaux sont plus classiques, comme le léger « The Absence » ou le lent et mélancolique « Family Tree », d’autres sont plus jazzys, comme « Chief Seattle » et son suspense extraordinaire et urbrain, d’autres encore mêlent les deux indistinctement avec brio, comme le frivole « Against The Wind ». Bref, il s’agit d’un autre des rares albums qui ont réussi à exprimer pleinement et brillamment le third stream.

Le second fut « For Musicians Only » de Dizzy Gillespie.

Enfin un album de bop qui m’a procuré une quantité raisonnable de plaisir ! Malheureusement, je ne l’ai pas trouvé dans la créativité des musiciens ni dans celle des compositions. Cependant, je l’ai trouvé dans l’extraordinaire virtuosité de Gillespie et de ses collègues. L’exemple le plus frappant, qui m’a presque jeté en bas de ma chaise, est le classique de Dizzy « Bebop », où la rapidité et la justesse de l’exécution sont simplement bluffantes. On a l’impression qu’ils jouent les notes en un éclair, comme une véritable mitraillette qui s’acharnerait sur une trompette ou un saxophone. Cela doit demander une dextérité hors du commun, et des heures innombrables de pratique. Ces musiciens ont donc tout mon respect, malgré le style qu’ils emploient.

Le troisième fut « Circulus » du groupe Circle.

Le groupe m’avait déjà largement impressionné avec « Paris Concert », et il réussit ici à se rattraper assez bien. Cependant, on sent qu’il y est aussi plus expérimental, par exemple en écoutant les trois « Quartet Piece », les deux premiers étant les meilleurs. Il semble s’agir davantage d’une exploration et d’une découverte de leur propre instrument qu’autre chose, quoique cela soit passablement bien réalisé et soit suffisamment intéressant pour être écouté. Les musiciens ne tombent pas dans le chaos total non plus. Mais la véritable perle de l’album est « Drone » où là, la composition semble être véritablement accomplie. L’exploration semble être mieux ordonnée et achevée, et la musique y est donc mieux exprimée. De plus, Corea y est à son meilleur, derrière son piano, à mener son instrument vers des territoires inexplorés. Ce morceau à lui seul vaut l’album en entier.

Enfin, le quatrième fut « The Birth Of Jazz », une compilation de divers artistes.

Je n’ai ici malheureusement pas une image de la pochette… (Ma webcam étant de très mauvaise qualité avec l’éclairage présent).

Il s’agit d’une compilation d’une quinzaine de morceaux tirés de l’aube du jazz, durant les années 20, interprétés par divers albums comme, bien sûr, Louis Armstrong et Duke Ellington, mais aussi d’autres moins connus, tels que Bassie Smith et Jelly Roll Morton. Vous connaissez mon avis sur le vieux jazz, mais ici, j’ai trouvé l’album bien intéressant (plus que bon en tant que tel). En effet, le jazz qui y est joué est totalement différent de celui que je connais généralement. Il semble se rapprocher davantage de la musique folk et terreuse que du jazz aventureux et raffiné que je connais. Certes, on peut y reconnaître certaines signatures rythmiques, le jeu de certains instruments et, bien entendu, on remarque le choix des instruments. L’âme demeure la même. Mais l’ambiance, elle, est plus paysanne, simple et festive, plutôt que complexe et intellectuelle. On voit bien que ni Brubeck ni Evans ne sont encore apparus ! Bref, il me semble essentiel, pour bien comprendre tout le monde du jazz et ses origines, de passer par là à un moment ou à un autre.

Poster un commentaire

Le retour du soleil – 82 jours, 66 albums

J’adore l’automne. Rien ne me semble si beau que des feuilles qui rougissent, s’envolent, puis tapissent le sol qui sent la terre et l’humidité. J’aime l’odeur fraîche et boisée de l’automne, avec le bruissement des feuilles qui se détachent délicatement des arbres. Mais je n’aime pas, quelques semaines plus tard, les arbres dénudés et tristes, le ciel toujours gris, et les nuits longues qui imposent leur noirceur de plus en plus tôt. C’est alors que j’attends patiemment les premiers flocons, qui viendront animer, un peu puis beaucoup, ce décor lugubre et pauvre. Mais entre le soleil qui se fait timide et la blancheur étincelante de la neige qui se fait attendre, il faut bien trouver un moyen de se réchauffer l’âme. Ma solution ? Comme toujours, il s’agit du jazz…

Un nom de circonstances : Sun Ra. Ainsi, deux albums, jumelés ensembles, semblaient s’imposer. Le premier est « Angels and Demons At Play ».

Il s’agit d’un petit album d’à peine 25 minutes. Aussi court que soit l’album, aussi court en sera votre souvenir. Le début est plus expérimental, mais à l’exception de quelques cas ou moments (comme « Music From The World Tomorrow »), ces expérimentations semblent manquer d’intérêt et demeurent somme toute plates et sans réel relief. La seconde partie est, certes, plus animée, avec la prépondérance des cuivres et son rythme plus rapide, mais de nouveau, les morceaux semblent n’offrir aucune originalité. Seul « Demon’s Lullaby » mérite d’en faire la mention, mais sans plus.

En comparaison, « The Nubians of Plutonia » est beaucoup plus remarquable, et projette une ombre presque totale sur l’album qui le précède.

Dès le morceau d’entrée, « Plutonian Nights », on sent vraiment le style de Sun Ra, sans équivoque. Il y a, déjà, une exploration beaucoup plus profonde du son, des instruments et de l’ambiance. Ensuite, le reste de l’album est, comme tout album de cet artiste digne de ce nom, une véritable expérience où l’on tentera de chambouler votre perception de la musique et de ses possibilités. Il y a, par exemple, « Nubia », où l’accent est mis sur le rythme, avec la batterie, et les graves, avec la contre-basse, qui composent souvent à eux seuls la trame du morceau. Ils y sont simples et primitifs. Vient ensuite « Africa » ( http://www.youtube.com/watch?v=YwtIJjLxid8 ), où le rythme se complexifie, avec une flûte qui flotte au-dessus et quelques passages de chant empreints d’un étrange mysticisme. Enfin passe « Watusa », qui devient alors un morceau à part entière, avec son piano et ses cuivres. Certes, cet album n’est pas aussi révélateur que certains autres, mais il a certainement sa place dans l’oreille des amateurs du style et de l’artiste.

 

Poster un commentaire

De l’amitié – 83 jours, 66 albums

Je dois dire que sans le support de mes amis, je ne serais pas aller aussi loin dans ce défi. L’un d’entres eux, en particulier, m’a montré rapidement comment monter mon blogue et est venu souvent chez moi pour écouter quelques albums en jouant quelques parties de Siam ou de Pentago (Merci Philippe !). D’autres ont eu la tâche plus modeste (mais combien passionnante et enrichissante !) de m’écouter parler de jazz et de mes nouvelles découvertes des soirées entières (Merci Lili !). D’autres encore brillent par le rôle qu’ils ont joué avant ce défi, soit en insufflant en moi la passion brûlante du jazz (Merci Alex 2 et Elvin !). Enfin, d’autres ont eu la bienveillance de me conseiller quelques albums passionnants, surtout au début de ce défi, alors que j’étais sans guide ni chemin vers où aller (Merci Jan et L.-P.). Pourquoi je vous parle de tout ça ? D’abord, parce que les remerciements sincères sont toujours de circonstances. Ensuite, parce que mon ami L.-P., un admirable fan de jazz et de blues, a eu la gentillesse de me prêter quelques albums de sa collection. Dont, d’ailleurs, « Jimmy & Wes: The Dynamic Duo », avec Jimmy Smith et Wes Montgomery.

Je dois vous dire qu’avec deux artistes aussi légendaires, qui ont respectivement révolutionné l’orgue Hammond et la guitare acoustique dans le monde du jazz, on ne peut pas s’ennuyer ! L’énergie est là, et le groove aussi. S’émerveiller devant « Night Train » ou devant « Down By The Riverside » (http://www.youtube.com/watch?v=blwgAhA5VZA ) serait même un faible mot. Je suis simplement tomber en amour avec leur jeu aux notes fugaces et aux suites d’une virtuosité nouvelle. Personne ne joue de l’orgue comme Smith, et personne ne joue de la guitare comme Montgomery. Par contre, ils semblent tous les deux jouer de la même façon, chacun derrière son instrument mythique. Ainsi, aucun duo ne joue du jazz comme Jimmy et Wes.

Il m’a aussi prêté « The President Plays With The Oscar Peterson Trio », avec Lester Young et, bien sûr, Oscar Peterson.

Vous le savez, je ne suis grand fan ni de bop, ni de « vieux » jazz. Par contre, je me rends de plus en plus compte qu’il y a quelque chose d’essentiellement relaxant et de calme dans l’écoute de ces albums. Surtout ici, avec le jeu doux et lent de Young, il est bien trop facile de se laisser aller et de fermer un peu les yeux. Bien que je n’ais pas apprécié tout l’album, je dois néanmoins avouer que je me suis laissé séduire par « I Can’t Get Started » et quelques autres, qui m’ont au moins fait sourire un peu en me rendant au travail.

 

 

Poster un commentaire

Et la longue semaine… – 83 jours, 66 albums

Hmmm… J’ai parfois l’étrange impression que mes semaines deviennent plus longues. Pourtant, ne sont-elles pas supposées avoir le même nombre d’heures ? Peut-être sont-ce celles-ci qui passent simplement plus lentement… Qu’importe ! Les albums de jazz n’en sont que plus appréciables, et appréciés ! Ironiquement, la disponibilité de mon temps me semble inversement proportionnelle à sa durée… C’est pourquoi j’ai maintenant à vous parler de 10 albums ! Ne vous en faites pas, je n’ai pas le temps d’écrire sur les 10 ce soir. Le reste ira à demain. Débutons par « Groovy » de Red Garland.

Un peu de hard bop ne fait jamais de tord, surtout avec des classiques comme « C Jam Blues » ( http://www.youtube.com/watch?v=XAcO0ahmw4w ) et « Willow Weep for Me » réinterprétés avec un peu plus de groove que de coutume dans le beat, la basse et le jeu du piano. Mais lorsque je dis groove, je parle de ce petit quelque chose qui vous fait balancer tranquillement la tête, qui vous fait fermer les yeux et qui vous accroche un sourire de béatitude instantané. Je vous parle de ce petit quelque chose, de ce petit swing sans lequel, selon les dire d’Ellington, ça ne voudrait rien dire. (« It don’t mean a thing, if it ain’t got that swing. »). Ici, cette groove est calme et délicate, mais elle forme le coeur même de l’album. Et un autre exemple bien agréable de cette essence est, pour les intéressés, « Will You Still Be Mine? », qui accélère même un peu le rythme, afin de rappeler à l’auditeur ce que groovy peut aussi vouloir dire…

Et pour me sortir de mon quotidien, j’ai cru bon de me remettre dans un autre album excentrique et éclectique tiré de la discographie de Joe Zawinul.

Même après avoir écouté autant d’albums de jazz, après avoir parcouru tant de styles et d’audace, après les imbroglios du free jazz et la funk électrique du jazz-rock, Zawinul réussit encore à me dépayser. Ses arrangements, ses instruments et ses rythmes sont tellement étranges et singuliers qu’ont les croiraient venus d’une autre planète. Et en même temps, ils empruntent leurs influences à tellement de styles, et les ambiances sont tellement rassembleuses et paisibles, qu’on croirait à la fois qu’ils sont universels, peu importe les origines ou la culture. Et cela, tout en conservant une originalité et une inventivité apparemment sans bornes. À titre d’exemples, vous avez « Indiscretions » avec son rythme funky, « Zansa II » avec son sanza à la fois céleste et joueur, et « N’awlins ». Par contre, j’exprimerai un bémol quant au second disque de l’album qui, selon moi, n’était pas nécessaire. Certains morceaux y sont bien appréciables, comme « Lost Tribes » que je connaissais déjà, mais l’ensemble ne fait pas le poids devant le génie exprimé sur le premier disque.

Poster un commentaire

Des airs relaxants pour une longue fin de semaine – 91 jours, 76 albums

À l’exception du premier album dont je vais vous parler, ceux que j’ai écoutés durant cette fin de semaine étaient plutôt relaxants, et m’ont un peu aider à faire le vide et à me détacher un peu du travail. Du moins, pour quelques jours ! Mais avant cela, débutons par « Putumayo Presents: New Orleans ».

Il s’agit en fait d’une compilation d’une dizaine de morceaux tirés directement de la Nouvelle-Orléans et de sa mythologie. On peut y entendre un heureux mélange d’influences du jazz, du blues et des fêtes flamboyantes si reconnus de ce petit coin de pays. Cela donne un bel album à l’ambiance festive, animée de l’émotion terreuse et profonde du blues, mais tout en concernant le swing et l’audace du jazz. En écoutant « Basin Street Blues » du Dr. John, on peut même voir le Mississippi couler tranquillement, sur le côté du morceau ( http://www.youtube.com/watch?v=M0nMHBFZc_E ). Les grands passages nostalgiques au piano, la voix profonde et presque rauque du Dr. John, les quelques cuivres pour rehausser l’ambiance : tout y est. Il y a aussi « Give It Up (Gypsy Second Line) » avec son haut-bois et son rythme de marche, où l’on peut voir une bonne dizaine de musiciens marcher dans la rue en jouant de leur instrument. Et il ne faut surtout pas oublier « Tin Roof Blues », avec la voix légendaire de Louis Armstrong, qui ne peut pas mieux aller avec l’atmosphère de la Nouvelle-Orléans. Bref, le reste de l’album renferme encore quelques perles, mais je vous laisserai les découvrir par vous-mêmes, si vous réussissez à mettre la main sur cette compilation.

Mais ensuite, l’ambiance s’est un peu calmée. Par exemple, j’ai ensuite écouté « Solo Monk » de Thelonious Monk.

Il s’agit d’un album solo de Monk au piano. Je ne sais pas si cela est dû à la révélation récente de « Silent Tongues », mais j’ai trouvé l’album un peu fade pour l’habituelle audace de l’artiste. Cela dit, il fut néanmoins très appréciable, simplement pas extraordinaire. Il est un peu joueur, avec « Dinah » entre autres, et aussi « I’m Confessin’ (That I Love You) » ( http://www.youtube.com/watch?v=Mrd3T435qzM ), en créant une petite atmosphère de balade, un brin romantique. Sinon, « These Foolish Things » offrait une belle réinterprétation de ce classique que j’apprécie beaucoup. « Monk’s Point » aussi était bien agréable.

Ce matin, j’avais envie de rejoindre le soleil et de profiter un peu de ces derniers jours de chaleur de l’année. J’ai donc trouver que « Primo » de Cal Tjader était tout indiqué.

Avec son ambiance cubaine et latine, et le son frais et étincelant du vibraphone de Tjader, je me suis levé avec suffisamment d’énergie pour attaquer cette journée déjà bien entamée par une grasse matinée bien méritée. Avec le soleil déjà bien haut dans le ciel, j’ai eu le goût de danser un peu aux airs de « Mama Aguela » et de « Vibe Mambo », avec leurs rythmes de samba et les rayons de soleil tropicaux qui coulaient de mes hauts-parleurs. Mais même si la musique était chaude et réconfortante, elle ne semblait jamais enflammée, demeurant donc à la fois assez calme et assez vivante pour mon dimanche matin.

Mais pour lire un bon livre (j’ai tellement de lecture à rattraper…), j’ai opté pour quelque chose d’encore plus calme, soit « Moonlight Serenade » avec Ray Brown et Laurindo Almeida.

En effet, il est difficile d’avoir une ambiance plus calme et intime quand les deux seuls musiciens n’utilisent qu’une guitare acoustique et une contre-basse pour réaliser leurs morceaux. Mais le résultat est réussi, et fort agréable. Avec la douce mélodie de « Mondscheinsonate » ou l’air romantique de « Beautiful Love », notre coeur ne peut être que baigner d’un peu de sérénité : http://www.youtube.com/watch?v=sV4_wDZNlmw . Toutefois, d’autres morceaux sont plus animés, comme « Malaguena », même s’il demeure difficile de s’enflammer avec seulement ces deux instruments pour aide. Et pourtant, à l’écoute de ce doux album mêlé de silence, on s’étonne de ce que certains musiciens peuvent faire avec si peu.

Poster un commentaire

Du classique – 92 jours, 80 albums

Après quelques albums plus exigeants, je me suis retourné vers Jacques Loussier et son album « Antonio Vivaldi: The Four Seasons – New Jazz Arrangements ».

Je dois dire que ce classique de Vivaldi s’interprète mieux de manière jazzy que Debussy. On dirait que les rythmes s’accordent mieux, que les mélodies répondent bien et que la batterie et la contre-basse ajoutent même aux morceaux. On fait, le côté jazz rend même ces mélodies plus impressionnistes, et donc plus touchantes et réalistes. Le meilleur exemple est celui du morceau « Concerto No.4 in F minor (RV 297, « Winter »), part I « Allegro non molto » », qui symbolise l’hiver, et où l’on y voit, lorsque le piano débute véritablement son jeu, des milliers de petits flocons de neige qui descendent du ciel en tourbillonnant, emportés par le vent. De la même manière, avec « Concerto No.1 in E Major (RV 269, « Spring »), part I « Allegro » », on sent l’air du printemps sur son visage et on voit un champs de jeunes fleurs où le soleil brille d’une lumière nouvelle. D’autres moments marquants de l’album sont « Concerto No.2 in G minor (RV 315, « Summer »), part III « Presto » »avec son piano tourmenté et ses tambours menaçants; et aussi « Concerto No.3 in F Major (RV 293, « Autumn »), part II « Adagio molto » » avec sa marche lente, où on sent l’obscurité nouvelle tomber et où l’on voit les arbres gris et sombres agitent tranquillement leurs branches nues et mortes.

Enfin, pour mon 9e album de la semaine, j’avais choisi « Bird & Miles », avec Charlie Parker et Miles Davis.

Vous le savez, je n’apprécie pas tellement les albums de bop. Celui-ci ne fait pas exception. Il s’agit, bien sûr, d’un bon album, mais je trouve le style trop morne, plat et manquant d’originalité. Je connaît bien entendu les standards qui y sont joués, mais j’ai quand même l’impression que tous les morceaux se ressemblent trop. Contrairement au blues ou au hard bop, le bop semble manquer d’émotion et d’engagement de la part des musiciens. Les seuls aspects intéressants de cet album sont la virtuosité que démontre Bird, et la réinterprétation de quelques morceaux, tels que « A Night In Tunisia ». Pour le reste… bof.

Poster un commentaire