Weather Report et encore Davis – 41 jours, 4 albums

Pour accompagner ma rétrospective sur le jazz fusion, j’ai écouté 2 albums du style. Le premier était « 8:30  » de Weather Report.

Il faut aussi comprendre l’importance des performances live dans le monde du jazz fusion. Et cet album de Weather Report y est parfait. Il nous offre des performances devant public de quelques unes des compositions qui ont fait leur gloire, dont « Scarlet Woman », « Birdland » et « Black Market ». Je m’attendais à ce que celles-ci soient explosives et presque hors de contrôle, mais étonnamment, elles demeurent posées et contrôlées, bien qu’elles soient empreintes d’une énergie nouvelle et étrangère à un enregistrement fait en studio. Les performances semblent plus authentiques, plus vraies et plus franches. Et bien que les musiciens ne s’emportent jamais (ou presque), on sent néanmoins que l’air est saturé d’électricité et d’énergie. À écouter « Teen Town », « Medley: Badia/Boogie Woogie Waltz » ou encore l’incroyable performance de Jaco Pastorius sur « Slang (Bass Solo) », il est difficile de ne pas se laisser emporter par l’ambiance festive de ce concert. On sent, sur cet album, que la musique de Weather Report est, plus que jamais, vivante.

Le second était « Pangaea » de Miles Davis.

Il s’agit de l’album jumeau de « Agharta ». Alors que ce dernier avait été enregistré en après-midi, « Pangaea » est une performance live enregistrée en soirée, le même jour. Et pourtant, les musiciens ne montrent aucun signe de fatigue. Au contraire ! Les deux morceaux qui composent l’album, « Gondwana » et surtout « Zimbabwe », sont remplis d’une énergie sans limite. Les guitares électriques semblent enflammer la scène, et la trompette de Davis a toujours la même vigueur et la même férocité. Encore une fois, avec l’énergie vivante de la scène, Davis réussit à marier avec brio le jazz fusion, le rock et le funk.

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Rétrospective sur le jazz fusion – 41 jours, 4 albums

Le jazz fusion est probablement ma découverte la plus stimulante de ce défi. Avant ça, à la maigre exception de The Manhattan Transfer et de son interprétation de « Birdland », je ne connaissais rien du style. Mais grâce au « Head Hunters » du grand Herbie Hancock, je fus conquis dès le premier mois. Contrairement à The Manhattan Transfer ou à Weather Report, Hancock m’a séduit tout de suite, d’un seul coup. J’ai écouté l’album une première fois, d’abord étonné et perplexe, mais aussi curieux et intrigué. Je l’ai donc fait découvrir à un ami, l’écoutant une seconde fois. Puis une troisième. Et rapidement, l’album est devenu le meilleur que j’avais écouté.

Son ambiance à la fois de jazz urbain et d’électro-funk futuriste ne peut que vous donner un frisson instantané. La première fois, c’est si étrange et si nouveau, mais aussi si stimulant qu’on ne peut que le réécouter. Le rythme de « Chameleon » est simplement hypnotique, et les sonorités suraiguës du synthétiseur au début du morceau nous écorchent presque les oreilles alors que notre coeur crie : « Encore ! », devant cette nouvelle musique inexplorée mais remplie d’énergie. Sa progression et sa complexité en font presque une symphonie en plusieurs mouvements. Ensuite, le reste de l’album ne fait que confirmer l’emprise nouvelle que Hancock et le jazz fusion ont désormais sur vous…

Ce qui fait la force, l’originalité et le pouvoir séducteur du jazz fusion c’est, justement, sa capacité à marier si bien des instruments électriques et des rythmes nouveaux avec le monde et l’approche du jazz. Avec des artistes comme Herbie Hancock, Weather Report et Joe Zawinul, Miles Davis, Tony Williams, Erik Truffaz, Mahavishnu Orchestra et John McLaughlin, ou Larry Young, le jazz ainsi que le rock, la funk et l’électro ne forment qu’un. Il n’y a donc qu’une entité aux différentes parties : au développement profond, à l’exploration complète, à l’ambiance vive et énergique, au rythme sans concession, aux sonorités électrisantes, et aux possibilités infinies.

Certes, le jazz fusion de « Bitches Brew » n’est pas le même que celui de Truffaz, mais en écoutant les deux, vous aurez le même sentiment, vous vivrez la même émotion : une expérience qu’aucune autre musique ne pourrait vous procurer. Le jazz fusion me semble divers dans ses interprétations, mais unique dans son idée : créer de nouvelles expériences en mélangeant les genres. Ainsi, Zawinul va jusqu’à y mêler des influences de musique prise partout à travers le monde, créant une sorte de musique universelle qui transcende les peuples et les cultures. Davis, avec son album phare « Bitches Brew », explore davantage l’aspect méditatif et spirituel de sa musique, nous plongeant dans un monde étrange au rythme et aux progressions hypnotiques, avec une influence de voodoo, et nous amenant à travers ce qui ressemble à un long voyage initiatique. Par contre, avec « A Tribute To Jack Johnson », il met plutôt de l’avant l’énergie brute du rock. Avec Mahavishnu Orchestra, ce rock devient même presque du métal tellement il est puissant et infernal. Mais avec Chick Corea et Pat Metheny, le jazz fusion redevient calme et relaxant, se concentrant davantage sur l’ambiance éthérée que sur l’énergie que peut dégager les instruments électriques.

Bref, le monde du jazz fusion, tout comme ses possibilités, est vaste. Son influence aussi ! Écoutez quelques albums de art rock, ou même simplement du Frank Zappa, et vous réaliserez que l’exploration et la complexité amenés par le jazz y sont bien présents. Mais j’ai aussi l’impression que cette complexité et cette diversité du jazz fusion seraient impossibles sans la liberté que leur permet la structure élastique du post-bop…

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Davis et Silver – 43 jours, 6 albums

Pour accompagner ma rétrospective sur le hard bop, j’ai écouté 2 albums du style. Le premier était « Milestones » de Miles Davis.

J’ai écouté plus d’une vingtaine d’albums de Miles Davis durant ce défi. Et pourtant, encore, il m’épate. Rien ne semble pouvoir l’égaler lorsqu’il saisit sa trompette et nous joue des airs de hard bop et de blues langoureux et remplis d’émotions, comme avec « Sid’s Ahead ». Chacune des notes se détache délicatement, jouée avec mesure et contrôle, formant une toile à la fois mélancolique et feutrée. Mais Davis m’impressionne aussi par sa maîtrise dans les morceaux plus rapides et complexes, nous exposant alors toute sa virtuosité et ses talents de leader. Ainsi, « Two Bass Hit » est un délice, et « Milestones » offre une complexité remarquable, mais qui crée une ambiance urbaine confortable et fort agréable ( http://www.youtube.com/watch?v=BeZomqLM7BQ ). Il sait également reprendre avec brio le corsé « Straight, No Chaser » de Monk.

Le second était « Horace-Scope » d’Horace Silver.

Il s’agissait d’un bon album de hard bop, mais pas forcément le meilleur de l’artiste. Il est simplement doux et agréable, avec des airs qui s’écoutent sans trop d’attention, mais qui valent quand même la peine qu’on leur prête une oreille attentive, comme « Strollin' », le morceau éponyme « Horace-Scope » et « Me And My Baby ». Ils sont tous empreints de ce hard bop qui tire vers la soul si bien exprimée par Silver. Cependant, j’ai également l’impression que cet album tombera rapidement dans l’oubli, en ce qui me concerne…

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Rétrospective sur le hard bop – 44 jours, 7 albums

Le hard bop est la continuité logique du bop. Le nombre de musiciens y est souvent réduit, les structures y sont plus flexibles mais toujours présentes, et une place plus grande y est laissée à l’improvisation et à la créativité de ses artistes. Personnellement, je vois le hard bop comme le jazz classique, et je vois cette période comme l’âge d’or du jazz. Ce n’est peut-être pas la période la plus stimulante du jazz, si on la compare au fusion ou au free jazz, mais c’est là que le jazz est le plus beau. Il commence à se complexifier, à prendre forme et à s’affirmer pleinement. Et c’est avec des artistes comme Miles Davis, John Coltrane, Art Blakey, Cannonball Adderley, Lee Morgan, Wayne Shorter, Sonny Rollins, Horace Silver, Wes Montgomery et Grant Green, entre autres, que le jazz gagne les lettres de noblesse qu’on lui connaît aujourd’hui. Lorsqu’on me parle de la musique classique américaine, c’est au hard bop, encore plus qu’aux autres styles de jazz, que je pense…

Et c’est le hard bop qui m’a fait tomber en amour avec le jazz, et qui m’a poussé à commencer ce défi. Comment peut-on demeurer indifférent à la profondeur exprimée dans « Kind of Blue » de Miles Davis ou dans « Blue Train » de John Coltrane ? Le blues y est, exprimant une profondeur émotionnelle remarquable qui vous prend au coeur; le raffinement y est, exprimé par le jeu doux et accessible de ses musiciens malgré sa complexité; le génie et l’intelligence y sont, exprimés par le jeu si complexe mais à la fois si fluide des musiciens, mais ne se révélant qu’à l’oreille exercée et attentionnée. Par son aspect à la fois populaire et intellectuel, le hard bop ressemble à une timide jolie demoiselle. Il offre, en surface, quelques charmes séducteurs, mais sa complexité apparente et sa difficulté d’approche en tiennent plusieurs à distance. Mais une fois qu’on réussit à apprivoiser la belle et qu’elle se révèle entièrement à nous, alors c’est la plus belle des merveilles.

Des morceaux comme « Adam’s Apple » de Wayne Shorter, « Autumn Leaves » de Cannonball Adderley, « Iddle Moments » de Grant Green ou « Moanin' » d’Art Blakey sont des perles de musique qui vous tiennent en extase et dans un ravissement extrême ! Et je fus surpris, tout au long de ce défi, de découvrir encore et encore de nouveaux morceaux qui réussissaient à me faire vivre de telles expériences aussi puissantes et aussi extraordinaires. Mais la formule du hard bop, ainsi que sa vision de la musique et du jazz, sont trop bonnes, et trop bien calibrées pour réellement vous décevoir. Lorsqu’un artiste maîtrise pleinement son instrument et qu’il est en plein contrôle de son style, lorsqu’il vit littéralement sa musique à travers son instrument, son morceau et son album ne peuvent être que réussis. Et alors, on a l’impression que c’est le divin qui sort de son instrument, et que ce sont des émotions pures qui sont exprimées. Et le hard bop, de par sa structure et sa philosophie, offre un support idéal pour permettre à l’artiste de faire vivre tout ça à l’auditeur, et de s’exprimer pleinement et sans retenue. Mais s’il s’y sent quand même retenu, alors il n’a qu’à pousser un peu plus loin les limites du hard bop et à déborder vers le post-bop.

Enfin, si vous avez écouté du hard bop en quantité suffisante et que vous ne partagez pas mon extase devant cette musique, je vous répondrai par une citation d’Amélie Nothomb : « Il faut s’éprendre soi-même ou se résoudre à ne jamais comprendre. » Mais j’ai la ferme conviction qu’en y mettant le temps et l’effort nécessaires, et en écoutant cette musique avec ouverture d’esprit, on ne peut que finir par s’en enivrer. Elle est à la fois trop divine et trop humaine pour être indifférente à quiconque possède une âme et un coeur.

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Peterson et Monk – 44 jours, 8 albums

Pour accompagner ma première rétrospective, j’ai écouté 2 albums tirés du bop. Le premier était « At Zardi’s » par Oscar Peterson.

Il s’agit d’un album live double où, accompagné d’Herb Ellis à la guitare et de Ray Brown à la basse, Oscar Peterson, aidé de son piano, nous offre du bop comme seul lui sait le faire. Mais souvent, ce n’est pas que le piano qui est à l’avant-scène : c’est le trio lui-même qui joue, en entier, avec une complicité remarquable entre ses musiciens. Cela dit, c’est quand même Peterson qui garde, la plupart du temps, le rôle principal. Ainsi, j’ai trouvé qu’il s’agissait d’une remarquable façon d’écouter sa musique une dernière fois avant la fin de ce défi. Et comme l’album durait près de deux heures et demie, disons que j’en ai amplement eu ! Ses réinterprétations de quelques standards sont fort agréables, telles que « How High The Moon », « Noreen’s Nocturne », « Roy’s Tune » et « Pompton Turnpike ». Mais, naturellement, c’est sur tout l’album, sans se fatiguer ni nous fatiguer, que Peterson nous expose son talent et sa virtuosité légendaires.

Le second était « Genius of Modern Music, Vol. 1  » de Thelonious Monk.

Il s’agit du premier volume, sur deux, de quelques uns de ses premiers enregistrements, mais déjà on sent que Monk a sa propre signature. On perçoit déjà, avec des morceaux comme « Thelonious », « Monk’s Mood » ou « ‘Round Midnight », les progressions angulaires de l’artiste. Même que, pour ma part, j’ai toujours considéré Monk davantage comme un artiste du post-bop que comme un artiste du bop, ne serait-ce que par son approche du jazz. Il sort des limites, du carcan du jazz conventionnel, poussant les harmonies et les progressions plus loin, créant de nouvelles images et choquant l’oreille et l’imaginaire de l’auditeur. Mais il est vrai que sur cet album, certains morceaux demeurent bien ancrés dans le bop, et sortent à peine des sentiers battus… Cela dit, cette musique demeure également du Monk, et il n’y a pas à en douter. Ce premier volume (et sûrement le second aussi) est donc un bon endroit pour apprendre à connaître l’artiste doucement, mais il n’a pas encore ni la maturité ni l’exaltation qui habitent, naturellement, ses albums ultérieurs.

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Rétrospective sur les débuts de jazz et le bop – 45 jours, 10 albums

Et voilà : il ne me reste plus que 10 albums à écouter pour compléter ce défi. Et pour se faire, j’ai décidé d’écrire quelques articles rétrospectifs sur les différents styles de jazz importants que j’ai croisés durant ces 355 derniers albums. Il ne s’agira pas d’article détaillés et recherchés sur ces styles, mais plutôt sur mes impressions personnelles et de mes expériences par rapport à ces styles. Bref, j’ai envie de vous raconter ce que j’ai vécu à travers tous ces albums que j’ai écoutés durant cette dernière année.

Il me semble logique de commencer par les débuts du jazz et par le bop. J’ai longtemps été réticent à explorer ces deux parties du jazz. Elles ne m’attiraient pas, et j’ai aussi eu un peu de difficulté à trouver du matériel satisfaisant. Surtout qu’au départ, je voulais le moins possible utiliser des compilations, bien que cela s’est révélé nécessaire pour certains artistes (dont Django Reinhardt dernièrement). Et en y repensant, j’aurais peut-être dû le faire avec plus d’artistes que je n’ai pas eu le temps d’écouter durant ce défi… Mais c’est qu’une fois une compilation écoutée, il devient difficile de revenir vers cet artiste avec d’autres albums qui, inévitablement, ont de fortes chances de croiser la compilation.

Les premiers albums que j’ai écoutés ne m’ont pas trop stimulé non plus. Le premier album de Louis Armstrong par exemple, soit « What a Wonderful World », ressemblait davantage à du country et à de la folk qu’à du jazz proprement dit ! En écoutant du Charlie Parker ou du Duke Ellington, aussi, il semblait manquer quelque chose dans leur musique : peut-être une petite touche d’audace, de nouveauté ou de swing, je ne sais pas. Mais leur musique me semblait moins séductrice que celle de Miles Davis ou que ma découverte d’Herbie Hancock.

Mais j’ai quand même dû persévérer ! Après tout, c’était pourquoi j’avais débuté ce défi : me familiariser avec le jazz et ses différents styles, même ceux plus difficiles ou moins accessibles. Et bien que je ne raffole pas encore ni du bop ni du vieux jazz, je n’ai pas regretté d’en avoir écouté quelques albums de plus. Par la suite, Louis Armstrong m’a littéralement séduit avec son album « Louis Armstrong Plays W.C. Handy », où il exprime tout son talent, son émotion et sa profondeur légendaires. Son « Porgy & Bess » avec Ella Fitzgerald m’a également donné d’énormes frissons. J’ai aussi pu découvrir quelques artistes étonnants, comme Art Tatum et son piano, ou encore la virtuosité inégalée de Dizzy Gillespie. Et il ne faudrait pas que j’oublie de mentionner le grand Oscar Peterson !

J’ai aussi trouvé que cela en valait bien la peine, de s’arrêter un peu au vocal jazz. Certains artistes m’ont laissé un peu plus froid, comme Billie Holiday ou Sarah Vaughan, mais d’autres auraient presque pu valoir ce défi à eux seuls. J’ai déjà mentionné Armstrong et Fitzgerald, mais je n’oublie certainement pas « The Ink Spots » avec leur « I Don’t Want To Set The World On Fire », ni la divine voix de Melody Gardot, ni la voix riche et suave de Nat King Cole. Et encore, que seraient le jazz, et la musique elle-même, sans la contribution de Frank Sinatra ? Ces artistes ont un talent incroyable pour faire passer leurs émotions à travers leur chant. Ils réussissent à nous exposer leur âme sans gêne et de si belle façon qu’ils touchent inévitablement la nôtre. Après ce défi, je peux vous assurer que lorsqu’un de ces artistes réussit à vous toucher au coeur, c’est aussi merveilleux que de tomber en amour.

Mon seul reproche, pour le reste, serait que j’ai trouvé le bop, ainsi que le big band de Count Basie ou de Duke Ellington, souvent trop rigides, laissant trop peu de place à la créativité de ses artistes. Ainsi, ce qui ressort souvent de ces styles, c’est plutôt la virtuosité de ses artistes. Mais on s’ennuie rapidement de la virtuosité, à moins qu’elle ne soit phénoménale, ou que le style réussisse à sortir un peu de ses barrières pour aller toucher à d’autres styles ou à d’autres influences. Je pense par exemple au « Far East Suite » d’Ellington ou au « Afro » de Gillespie. Sinon, j’ai l’impression, il faudra attendre la venue du hard bop pour pleinement vivre le jazz et savourer son plein potentiel…

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La musique de Charlie Brown – 46 jours, 10 albums

Devant l’incroyable album qu’était « A Charlie Brown Christmas », je n’ai pas hésité longtemps à écouter un second album de Vince Guaraldi. J’ai naturellement choisi « A Boy Named Charlie Brown ».

Je dois en toute honnêteté exprimer quelques regrets, mais je me dois également de spécifier qu’il s’agit d’un excellent album. Par contre, il manquait la petite touche magique qui habitait de manière si formidable « A Charlie Brown Christmas ». Cela dit, l’album reste du très bon jazz, avec des compositions bien intéressantes et intrigantes de Guaraldi interprétées au piano. Il n’y avait simplement pas, j’ai trouvé, cette même énergie enfantine et naïve. Reste, comme je le disais, qu’il s’agit de morceaux fort appréciables, et que le style de Guaraldi demeure à la fois accessible et stimulant. Il semble viser juste au bon endroit, et possède toujours cette belle énergie digne des grands du jazz, me rappelant par moments l’élégance et le talent de Bill Evans. Dans les bons moments de l’album, vous retrouverez naturellement « Linus and Lucy » ( http://www.youtube.com/watch?v=JgoPl35n_AY ), mais aussi « Blue Charlie Brown », « Baseball Theme » et « Oh, Good Grief ».

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Richard Cheese, ou l’humour et le jazz – 47 jours, 11 albums

Un ami m’a fait découvrir cette semaine un artiste assez particulier : Richard Cheese. Intrigué par la description qu’il m’en faisait, et le concept même de cet artiste, j’ai décidé d’écouter un de ses albums, puis deux. Le premier était « Aperitif for Destruction ».

L’idée de Cheese est d’une brillante simplicité et d’une déconcertante absurdité : prendre des morceaux populaires des dernières années, en particulier des morceaux de dead métal, de hip hop et d’autres styles undergrounds vulgaires et provocateurs, et de les réinterpréter à la manière crooner. Cela peut donner des résultats assez cocasses et souvent hilarants. Sur cet album, par exemple, vous aurez droit à « Me So Horny », originalement du groupe 2 Live Crew. Vous imaginez déjà les paroles, et si vous connaissez le morceau, vous pouvez déjà imaginer l’incohérence qui ressort de l’idée de chanter les paroles si provocatrices, vulgaires et à caractère sexuel de ce morceau avec une voix de crooner et des arrangements musicaux à la Sinatra. Dans le même style, vous pourrez également écouter « Welcome to the Jungle » des Guns N’ Roses avec son rythme swing et « People = Shit » de Slipknot avec son ambiance badine. Dans les autres morceaux remarquables, il y aussi une réinterprétation en duo Richard Cheese/Steven Hawking du grand morceau « The Girl is Mine »; une version déprimante, faite Scotch à la main, de « Somebody Told Me » de The Killers; ainsi que « Enter Sandman » de Metallica brillamment refait et accompagné au vibraphone et au piano. Mais il faut définitivement écouter quelques morceaux de l’artiste pour comprendre l’hilarité qui ressort de ces morceaux, ou d’une version samba de « Sunday Bloody Sunday » de U2.

Comme j’avais été immédiatement séduit par l’idée de Cheese, j’ai poursuivi avec son album « I’d Like A Virgin ».

Le problème avec ce genre d’humour, par contre, c’est qu’on s’en ennuie rapidement, et qu’il devient rapidement difficile d’être original. De plus, cet album se veut davantage une sorte de mélange entre des performances en studio et des moments enregistrés live. Enfin, les bonnes idées semblaient manquer sur cet album, à l’exception de quelques moments cocasses. Par exemple, j’ai bien aimé la blague, durant « Butterfly » de Crazy Town, où il fait :  » Piano solo !  Bass solo ! Drum solo ! Han Solo ! ». J’ai aussi bien aimé les réinterprétations de « Material Girl » de Madonna et de « Yellow » de Coldplay. Sans oublier la chorale d’enfants sur « Beat It » de Michael Jackson. Mais sinon, le reste de l’album m’a semblé bien ordinaire et de moins bonne qualité que celui précédemment écouté.

Et pour mon album de Noël de la journée, j’ai écouté « Christmas Jazz Jam » de Wynton Marsalis.

Sincèrement, je ne m’attendais pas à être déçu par Marsalis. Mais bon, il faut croire que ce n’est pas donné à tous les artistes de pouvoir réinterpréter avec génie et talent les grands classiques de Noël. L’album était certes original, avec une version mardi gras de « O Christmas Tree » par exemple, mais le reste m’a semblé manquer de saveur et de cette touche d’audace si bien calibrée qui m’a fait tomber en amour avec Marsalis la première fois.

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Noël et Bing Crosby – 47 jours, 11 albums

Ce défi tire (déjà) à sa fin. Et vous pouvez voir, par l’avance que j’ai maintenant acquise, que je commence à avoir bien hâte de l’avoir terminé. Je commence également à me demander quels seront mes dix, et surtout le, dernier albums, ainsi que le sujet d’un article spécial que je devrai impérativement publier lorsque ce défi sera bel et bien terminé. Mais en attendant tout ça, j’ai écouté encore quelques albums. Le premier était « Smooth Jazz Christmas », une compilation de plusieurs artistes.

L’album fut à la hauteur de mes attentes : ordinaire. En fait, il n’y avait rien d’extraordinaire à espérer d’un album de smooth jazz ! Mais cela dit, l’album s’est révélé être néanmoins assez appréciable. Il m’a procuré un bon petit moment calme, où je me suis permis de rêver au son de quelques classiques de Noël. En fait, il s’agit simplement d’une belle petite compilation, très accessible, mais sans plus. Ses (rares) moments forts seraient « Sleight Ride » par Laura Fygi et « Those Soulful Jingle Bells » par Mark Whitfield. Pour le reste, l’album saura meubler discrètement vos soirées de Noël entre convives.

J’ai aussi réalisé qu’un grand crooner manquait encore à ce défi, et j’ai nommé Bing Crosby. Ne trouvant aucun album concluant de cet artiste, je me suis donc rabattu sur une compilation, en deux volumes, de ses 50 plus grands succès. J’ai donc compté « The Quintessential Bing Crosby » pour deux albums.

J’ai beaucoup aimé Crosby. J’aime sa voix et son style simples et frais. Il n’y a pas de fla-fla avec lui : simplement une belle voix suave, quelques paroles romantiques, et de simples arrangements musicaux pour supporter le tout, mais sans plus, sans excès. Peut-être est-ce pourquoi il fut moins connu que, par exemple, Sinatra, mais je l’apprécie tout de même pour, justement, son côté humble et accessible. Les meilleurs moments de sa compilation sont, pour le premier volume, « Unchained Melody », « Meet Me Tonight In Dreamland », « Isle of Capri » et « They Didn’t Believe », ainsi que, pour le second volume, « Misty », le très moqueur « This Can’t Be Love », et « I’ve Got A Crunch On You ».

Également, un lecteur m’a fortement conseillé d’écouter l’album « A Charlie Brown Christmas », la trame sonore du film, par Vince Guaraldi.

Du plus profond de mon coeur d’enfant, je tiens à remercier ce lecteur. Cet album est tout bonnement magique. Guaraldi, avec son piano, réussit à recréer Noël et quelques uns de ses classiques de manière remarquable. « What Child Is This », par exemple, offre une complexité phénoménale et séductrice, qui réussit ensuite à nous tenir en haleine jusqu’à la fin de l’album ( http://www.youtube.com/watch?v=w4qe7oLlizs ) . Le thème de « Linus And Lucy » est une véritable perle qui se tient, depuis que je l’ai écouté, comme en réminiscence dans mes oreilles. Je connaissais naturellement déjà ces mélodies de piano et ces changements de rythmes audacieux mais si bien orchestrés, mais ce fut un délice de redécouvrir cet impérissable classique. « Skating » est presque une pièce impressionniste, avec tous ces flocons qu’on peut voir et entendre tomber délicatement sur la patinoire évoquée par son titre. « Christmas Is Coming », aussi, offre la même complexité envoûtante que « What Child Is This ». Bref, sur cet album, le piano, les compositions et le génie de Vince Guaraldi créent un véritable miracle de Noël. La seule chose regrettable est que cette sublime musicale dure si peu longtemps…

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Et Medeski, Martin & Wood dans tout ça ? – 50 jours, 18 albums

C’est un groupe que, je trouve, je n’ai pas assez écouté durant ce défi. Ironiquement, c’est l’un des premiers groupes de jazz que j’ai réellement et pleinement appréciés. Et bien que je trouvais tout d’abord le groupe incroyablement accessible, c’est en l’écoutant davantage que je me suis aperçu que leur oeuvre était, en fait, d’une complexité étonnante. Leur premier album, « Notes from the Underground », ne fait pas exception…

Cet album est d’une incroyable beauté. Avant que le groupe ne se lance un peu plus dans le fusion et l’électro, il nous donne ce chef-d’oeuvre post-bop, qui tire même vers le jazz d’avant-garde sans pourtant tomber dans le free jazz, où les trois musiciens mêlent leur rythme et leur ambiance funk légendaire avec les constructions complexes du post-bop. Il en ressort une texture aux nuances infinies, mais également animée d’une énergie qui semble tout aussi infinie. Dès « Hermeto’s Daydream », on peut voir toute l’étendue du talent du groupe. Et je ne parle pas là de potentiel, mais bien déjà de talent et de génie concrets ! Et Medeski, Martin et Wood jouent également avec brio deux compositions de Shorter, soit « Orbits » et « United » ( http://www.youtube.com/watch?v=MPL-8ZLjZ3I ), où on reconnait tant la griffe du grand saxophoniste que la touche typique du groupe. Avec « Uncle Chubb », aussi, on peut savourer une performance exceptionnelle de Chris Wood à la basse, où il crée un rythme d’une beauté et d’une emprise exceptionnelles. Enfin, la réinterprétation du classique « Caravan » ne passe pas non plus inaperçue…

Et comme de coutume, j’ai poursuivi avec un second album, toujours de Medeski, Martin & Wood, soit « Tonic ».

Un peu dans le même style que « Notes from the Underground », cet album en est un acoustique, au contraire de la plus grande part de l’oeuvre du groupe. De la même manière, aussi, les musiciens s’aventurent sur le terrain du post-bop et du jazz d’avant-garde. Mais ici, le résultat n’est pas du tout le même. À l’exception de deux morceaux, il est même très décevant. Avec des morceaux comme « Invocation » qui tombent beaucoup trop dans le free jazz et dans des jeux chaotiques qui ne vont pas du tout bien au groupe, l’album n’en est pas un que je vous recommanderais. Seul « Afrique » en vaut vraiment la peine, car sa complexité semble être beaucoup mieux maîtrisée, offrant ainsi une texture plus appréciable. « Thaw » aussi, même s’il est davantage intéressant que réel bon et plaisant. Mais pour le reste, le groupe ne semblait pas jouer au même niveau que sur leurs autres albums que j’ai déjà écoutés…

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